…pour l’avenir de nos enfants

Partir est un sacrifice, et tout sacrifice implique une part de douleur intérieure que ressent celui qui le fait. Cette atroce souffrance que ce départ engendre fait naitre une nouvelle détermination, un indéfectible dévouement et un devoir moral de poursuivre son rêve jusqu’à son aboutissement absolu.

Un matin, certains sous la canicule, d’autres sous la pluie, vous avez sorti vos valises et pris le chemin de vos rêves. Le cœur étreint par la douleur de la séparation, vous avez laissé derrière vous tous ceux que vous aimez plus que tout, dans l’espérance de lendemains meilleurs.

Une fois chez eux, en Europe, en Asie, en Amérique, en Océanie ou même en Afrique -partout où le destin vous a conduit- vous aviez, au début, éprouvé un brin de soulagement, celui que procure le sentiment illusoire d’un départ nouveau. Mais très vite, à peine vos valises remplies de vos rêves d’ivoiriens posées, la réalité de l’aventure s’est imposée à vous.

Les premiers signes de vos illusions vous sont apparus à travers le nom par lequel vos hôtes vous ont identifiés. Le matin, quand vous ne contribuez pas à leur économie, vous êtes des immigrés. A midi, quand vous commencez à travailler et que vous payez vos impôts, vous êtes un expatrié. Le soir, disons, des années après, quand vous semblez intégrés dans leurs sociétés mais sans doute pour vous rappeler vos origines que vous semblez fuir, ils vous appellent « ivoiriens de la Diaspora ». Dans tous les cas, vous êtes et demeurez des étrangers, tellement étranges que vous êtes surveillés au quotidien parce que votre présence, à elle seule, constitue une menace.

Selon l’histoire, l’ivoirien n’était pas un aventurier. Il accueillait chez lui plutôt qu’il n’allait. Ceci à tel point qu’aujourd’hui presque chaque grande ville de la Côte d’Ivoire a un quartier qui porte le nom d’un pays ou d’une communauté étrangère : « Quartier Maroc, Quartier Air France, Quartier Biafra, Camp Chinois, Mossikro, Petit Bamako, Petit New York… »

C’est tellement magnifique d’appartenir à un pays culturellement si dense et qui fait de cette diversité une source de richesse. C’est cette richesse qui justifiait sans doute que jusqu’aux années 90, presque très peu d’ivoiriens rêvaient d’aller à l’aventure. Quand les remouds sociaux ont commencé avec les grèves estudiantines, tout a changé et la vague de départ s’est enclenchée. Depuis lors, elle ne s’est plus estompée et s’intensifie chaque jour un peu plus.

Aujourd’hui, nous sommes plusieurs milliers, vous et moi, à avoir fait le choix de vivre nos rêves ivoiriens loin des nôtres. Mais l’aventure a ses caprices que subit l’aventurier. Elle te prive de tes plats préférés, de ces visages familiers et sources de bonheur de chaque membre de ta famille. Ces fous rires entre amis autours d’un repas le soir d’un weekend de fête cèdent la place à des moments de solitude et de nostalgie… Un collègue disait que lorsque vous vivez dans un pays étranger, tout change chez vous. Votre façon de parler, de marcher, même de prier à l’Eglise. Chez vous, vous bombiez la poitrine et balanciez plus loin les pieds en marchant. A l’étranger, même sans qu’on ne vous le demande, vous faites attention à tout, à chacun de vos faits et gestes…

Mais tant que, même partis nous maintenons le cordon ombilical qui nous lie à la mère patrie ; tant que ce qui nous motive à y demeurer reste le souci de faire fortune et revenir investir chez nous, le jeu en vaut la chandelle.

C’est pourquoi, en m’adressant à vous, que l’on vous appel immigrés, expatriés, étrangers ou simplement ivoiriens de la diaspora, je vous exhorte à plus de courage et surtout à ne jamais refermer après vous le tunnel qui vous a conduit là où le destin a voulu que vous vous trouviez. Ceci pour que, quand viendra le temps des bilans, bombant la poitrine de fierté comme un moine sûr de sa prière, vous puissiez revenir ici -c’est à dire, chez vous ;  là où la police ne vous surprendra pas pour vous demander votre carte de séjour en allant acheter une boîte de conserve au supermarché situé à 5 mètres de chez vous ou en vous rendant chez un ami habitant à seulement deux rues de chez vous.

A l’opposé, à ceux qui sont restés, vous n’aurez pas fait le mauvais choix. Sachez que l’adage, « on n’est mieux que chez soi » porte son sens. Sachez surtout que l’Eldorado n’est pas ailleurs, mais sur la terre de vos pères, votre patrie. Sachez que certains parmi ceux qui sont partis ont réussi leurs vies et s’y plaisent, mais d’autres s’y déplaisent et enchainent les heures de travail dans différents métiers rien que pour être à mesure de s’acheter leurs billets du retour. Sachez que le bonheur ne s’octroie pas, mais se crée. Comme tel, vous pouvez le créer partout où vous êtes, y compris chez vous. Profitez donc de l’avantage que vous offre le système parce qu’étant des nationaux et que nous, de loin, jalousons ; celui d’aller et venir sans crainte, d’effectuer vos transactions et autres activités sans restrictions et même d’être entouré de gens qui vous ont vu naitre ou grandir, qui sont heureux de vous voir heureux. Dissipez vos rancunes nées de plusieurs années de guerre. Donnez son sens au « vivre ensemble libres et heureux » ; Faites place à l’amour dans vos cœurs. Soyez tolérants envers vos voisins, furent-ils, eux aussi, des étrangers chez vous. Sortez des prisons dans lesquelles vous a enfermé la haine suscitée et nourrie par des hommes politiques égoïstes se servant de vous pour étancher leurs soifs inassouvies de pouvoir. Soyez guidés par le souci constant de préserver ce qui vous unit qui reste bien plus grand que ce qui vous divise, c’est à dire la partie de terre qui a été témoin de vos premiers jours de vie -la Côte d’Ivoire.

Le moment venu, où que nous soyons, nous reviendrons. Certainement pas collectivement, puisque nous n’obtiendrons évidemment pas à la même échéance ce pour quoi nous sommes partis ; mais nous reviendrons quand même, même individuellement. Ensemble, avec vous qui êtes restés, nous continuerons le travaille de milles générations entamé par ceux qui nous ont précédés, pour le parfaire… pour l’avenir de nos enfants.

A Traoré Youssouf, dit Baïf,

mon ami, mon frère

vivant son rêve d’ivoirien en Tunisie,

Et à tous les expatriés, immigrés ou étrangers.

13 Des réflexions sur “…pour l’avenir de nos enfants

  1. Disait le professeur Paul YAo n’dre dans un de ses ouvrages sur les relations internationales que # l’étranger parait toujours étrange aux yeux du national# Mdrrr

  2. Je rentrerais un jour sur la Terre qui m’a vu naitre,la Cote d’Ivoire si les ivoiriens me considèrent comme une des leur à part entière.Pas comme une déracinée,une personne trop occidentalisée qui roulent les »r »en parlant comme disent certains de mes compatriotes.Réçit très touchant…

    • Tu es ivoirienne ma soeur Rita.
      Plusieurs années de vie la-bas, le mode de vie occidentale, la façon de parler, le style vestimentaire et autres ne changeront rien du sang Bété qui coule dans tes veines et qui maintient le cordon ombilical avec la terre qui a vu naitre ceux/celui/celle qui t’a donner la vie.

      Merci d’être re-passée et Abientôt pour un nouveau billet!
      Amitiés,

  3. Kuddos frere
    J ‘ai pris du plaisir á lire ce billet. Vous Ivoiriens de la diaspora sachez que nous prions pour vous afin que reveniez au pays avec le sentiment d ‘avoir accompli vos reves labas… ou vous êtes.

    • Merci pour tes prières…. on reviendra très certainement pour continuer le combat pour des lendemains meilleurs pour nos enfants…
      Merci d’être fidèle à mes publications et abientôt pour un nouveau billet.

      Amitiés,

  4. Un texte très touchant et par-dessus profond. Comme moi et toi, tout ivoirien de l’extérieur ( j’aime pas le mot « étranger » parce dans tous les pays il y a aura toujours des étrangers), nous nous sentons concerné.

    Merci pour ce rappel que dis-je ce rappel à la partie…! Bien à toi , à bientôt pour un nouveau billet 🙂

    • Merci pour ta fidélité à mon blog cher ami et compatriote, en plus d’être aussi ivoirien de l’extérieur ou de la diaspora ou encore expatrié 🙂
      A très vitre pour un nouveau billet.

      Amitiés,

  5. Encore une fois merci d’avoir immortalisé cet instant tant important dans le parcours de tout chacun;réussir sa vie à tous prix.
    Ce fut un plaisir bro.
    Bonne continuation…

  6. Texte bien rédigé. Je trouve que nous voyageons tout le temps. En esprit comme en pensée. Le cinéma aujourd’hui nous ouvre sur de nouveaux mondes, des nouvelles cultures si bien que nous n’avons pas besoin de nous déplacer pour être menacé par la phénomène de déracinement culturel…

    Tu évoques un sujet qui nous interpelle tous en tant qu’africain. Merci de l’avoir fait avec une plume aussi fine. j’ai aimé.

    daves.

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