Lawal Diakité : « Mon père a fait de moi la femme que je suis aujourd’hui « 

Elle sait que la jeunesse est un atout et elle la met à profit pour construire sa vie. Sur son physique, on trouverait peu à redire avec ses traits réguliers, la finesse de sa taille qui se moque du rônier, son nez fin et droit de sahélien, ses yeux pleins de malice, une bouche aux lèvres ourlées et roses s’ouvrant sur des dents bien rangées et d’une blancheur nacrée. Tout ceci rime avec son éducation bien suivie, sa joie contagieuse de vivre, son intelligence, sa franchise et son honnêteté corroborées par sa simplicité et sa politesse qui forcent l’admiration des privilégiés qui la côtoient. Awa Diakité. ENTRETIEN.

(c) Lawal Diakité

(c) Lawal Diakité

Merci d’avoir accepté cette interview. Avant toute chose, je formule pour toi et ta famille ainsi que tous tes proches tous mes vœux les meilleurs.

Merci à toi aussi pour cet honneur que tu me fais, en m’offrant une vitrine sur ton blog. Je me sens vraiment émue et distinguée.

Pour commencer, peux-tu te présenter à mes lecteurs ?

Je me nomme à l’état civil AWA DIAKITE, il faut noter que ce nom a été raccourci puisqu’en réalité c’est Lawal Awa Moutawakil Mousquine N’Pènè. En fait Je rentrais très souvent de l’école en larmes parce que mes camarades de classe me traitaient de « moustique » à cause du nom « Mousquine ». Mon père a donc préféré me retirer tous mes autres prénoms que je trouvais bizarre à l’époque. Aujourd’hui je regrette, j’aurais dû les garder puisqu’ils sont originaux. Je suis née le 07 juillet 1986 à Abengourou. Je suis ivoirienne, originaire du Mali, peulh du wassolo. Je suis l’aînée d’une famille de 4 enfants dont 3 filles et 1 garçon. J’ai reçu une éducation malinké vraiment stricte surtout basée sur les valeurs religieuses. Ce qui pourrait justifier mon tempérament un peu trempé.

En ce qui concerne la politique, il me serait difficile de parler d’appartenance politique. C’est le mot « appartenance » qui me gène. J’ai plutôt des idéaux politique et je me rapproche de l’idéologie qui tend le plus vers mes idéaux. Je suis célibataire sans enfant. J’exerce actuellement en tant qu’Assistante de Direction et Assistante Personnelle du Directeur Général d’une société d’assurance maladie de la place. En plus de ce poste,  avec ma meilleure amie, nous avons crée notre boite de communication événementielle « Infinyevents » . Nous nous occupons de la création et de la réalisation d’événements pour les particuliers et les entreprises. Nous organisons aussi des Afterwork réseautage professionnel.

Où as-tu fais ton enfance et qui ou qu’est-ce qui a le plus influencé cette enfance et que tu penses a un impact aujourd’hui sur ta vie d’adulte ?

J’ai passé mon enfance à Daloa –c’est pourquoi je taquine beaucoup les Bété–, j’y ai passé 16 ans de ma vie et j’étais obligé de la quitter après la réussite au BAC. Toutefois, je m’y rends pour les vacances, pour l’Aïd El Kebir qu’on appelle couramment Tabaski et aussi pour les cérémonies familiales, puisque mes parents y vivent toujours. La personne qui a le plus influencé mon enfance c’est mon père. C’est un homme tellement charismatique qu’il ne pouvait que m’impacter. D’ailleurs, quand j’étais toute jeune je pensais qu’il était un magicien, et je m’en vantais même auprès de mes amis à l’école. Tout ce qu’il faisait, pour moi, relevait du miracle. Il a toujours été mon modèle d’où ma passion pour la langue Anglaise. Il parle couramment l’Anglais et l’arabe. Il m’a inculqué des principes et des valeurs tels que la franchise, la loyauté, la reconnaissance, la persévérance dans l’effort, l’honnêteté, l’acceptation de l’autre dans sa différence.

Il m’a éduqué comme un petit garçon, puisqu’il ne s’attendait pas à ce que je sois une petite fille à ma naissance. Alors, je suis devenue le petit garçon qu’il espérait mais dans le corps d’une fille. Il m’a inculqué la crainte d’Allah mais il m’a laissé découvrir le christianisme en m’envoyant dans des écoles catholiques. Il m’a laissé le libre arbitre, la possibilité de faire mes propres choix et de prendre mes propres décisions. Il a fait de moi la femme que je suis aujourd’hui. Toutefois, c’est un père très possessif et jaloux. J’avoue que je recherche en mon futur mari les qualités de mon père.

Ma mère quant à elle, avec le temps, je me suis beaucoup plus rapproché d’elle parce que j’avais besoin d’apprendre à être douce, moins dure avec moi même. Elle est devenue ma meilleure amie, ma confidente et ma première conseillère. Avec elle je me découvre en tant que femme et futur mère. J’ai un amour inébranlable pour elle. J’ai surtout appris que l’amour d’une mère est incommensurable. Et nous, en tant qu’enfants, devons rester dignes de cet amour en apportant à nos mamans l’attention et la reconnaissance qu’elles méritent. Le Coran dit que le paradis se trouve au pied de nos mères. Pour nous dire combien de fois il est important, quelque soit notre statut, notre réussite sociale, de toujours respecter et de toujours honorer nos mères. Pourquoi lever la tête, regarder dans les yeux de sa mère quand tout ce  qu’on cherche, le paradis, se trouve à ses pieds? Moi en tout cas je reste couchée à ses pieds afin de ne pas perdre mon paradis des yeux.

Quelle relation as-tu avec tes ami(e)s de la FAC d’Anglais après l’Université ? Une anecdote  de la FAC? Certains parmi ceux-là t’on particulièrement marqué que tu voudrais nommément citer ici et leur dire des mots gentils ?

Les années fac ont été les plus belles années de ma vie et j’y ai rencontré des personnes  vraiment exceptionnelles. J’y ai créé des  liens d’amitiés qui se sont intensifiés avec le temps, des personnes tellement  sincères, attentives que je ne peux plus m’en défaire. Nous nous sommes connu jeunes et nous avons décidé de grandir, d’avancer ensemble. Certains nous ont quitté dans la fleur de l’âge, mais resterons éternellement gravés dans notre cœur et notre esprit.

D’autres m’ont vraiment marqué, je pourrai citer entre autres, Fabrice Kanga, que j’appelle affectueusement daddy –nous sommes tellement proche qu’on nous croit en couple. Il y a aussi Benedith Amani –ma twin sister, Alison Tchimou –mon amie d’enfance, Marie Désirée Ehouma -ma mamie adorée, Mélanie Kadjonou, Roger Assanvon, Assoba Georges, Le couple Kouassi —Christelle et Jacmen, Marie France Sarah Bah, Blanchard Essoh, Pervenche Palé, Akoi Lydie, Pacha Okobe, Iba Marie Claire, Emile Bela et encore beaucoup d’autres que je n’ai pas cité. Je voudrais simplement leur dire qu’ils ont tous participé d’une manière ou d’une autre à faire de moi l’amie que je suis aujourd’hui. Je suis fière d’avoir des personnes spéciales comme elles dans ma vie et pour rien au monde je n’échangerai ces amitiés.

Pour ceux qui te connaissent, il y a une chose bien remarquable chez toi, c’est cet air si enthousiaste que tu présente qui traduit l’énergie qui déborde en toi. Quel est le secret de cette joie de vivre que tu communiques à tes proches ? 

Je n’ai pas de secret, j’ai des principes. Et l’un de mes principes c’est de toujours mettre à leur aise ceux qui se trouvent autour de moi. Ce n’est pas ma joie et mon enthousiasme seulement que je partage, je partage beaucoup plus que ça. Il n’y a rien de plus chaleureux et de plus gratifiant que le rire ou le sourire des personnes qui partagent notre vie. Je n’aime pas la tristesse, je n’aime pas la noirceur. Alors je partage ce que j’ai de plus positif en moi, ma joie de vivre, mon enthousiasme mais aussi mon coté folle folle.

Que penses-tu de l’économie numérique et quel regarde porte-tu sur la Communauté Web en Côte d’Ivoire ?

Le développement de l’économie numérique est un grand pas vers le progrès dans la mesure où les grandes stratégies de développement dans tous les secteurs qui puissent exister sont de plus en plus axées autour des TIC. Je ne peux pas porter de critiques objectives sur la Communauté Web en Côte d’Ivoire, puisque je n’ai pas encore eu l’occasion de la fréquenter réellement. Néanmoins, je connais certains membres influents de cette communauté tels que Delmas Ehui. Et quand j’analyse tout le travail qu’il abat à travers les TIC, je peux dire que l’économie numérique pourrait aisément nous aider dans l’atteinte de l’objectif « l’émergence à l’horizon 2020 ».

Je constate ta présence très active sur les réseaux sociaux notamment sur Facebook. Quel est l’usage premier que tu fais de cette plateforme et à quelles autres fins te sert-elle ?

Je suis sur Facebook pour me faire des contacts comme bon nombre de personnes d’ailleurs. J’ai intégré ce réseau social grâce à mon ami Georges Assogba qui m’avait, à l’époque, envoyé une invitation. Sur Facebook on rencontre diverses personnes de divers horizons avec différentes cultures, différentes religions et avec des mentalités diverses et des réactions diverses. C’est cette symbiose qui m’attire le plus. Je l’utilise aussi comme moyens d’expression sur les tares de notre société, la dégradation de nos mœurs, souvent je parle aussi de politique. Enfin, je l’utilise pour mes activités professionnelles, agrandir mon réseau professionnel et faire la promotion de mon agence de communication événementielle « Infinyevents ».

Cela m’amène à te demander quelle analyse fais-tu du phénomène de plus en plus inquiétant des « brouteurs », majoritairement jeunes, et quels conseils donnerais-tu à ces jeunes ?

Je pense que les responsabilités doivent être partagées et assumées. La part de l’Etat dans la triste évolution de ce phénomène est que la jeunesse a bien été négligée pendant plus d’une décennie. On a préféré faire la guerre et on a relayé au second plan la jeunesse, l’avenir du pays. Les jeunes sont blindés de diplômes mais ils traînent dans les rues en quête d’emploi pour subvenir à leurs besoins. C’est douloureux et même révoltant de faire des études, obtenir des diplômes, et voir ces derniers perdre de leur valeur au fil des années parce qu’on n’a pu obtenir ne serait-ce qu’un entretien d’embauche. C’est l’une des plus grandes causes de ce phénomène de « brouteurs ». Donc il faudrait que l’état accepte sa part de responsabilité et décide de corriger assez rapidement les failles qui ont pu entraîner cette déchéance morale et sociale.

Aux jeunes qui s’adonnent à cette pratique, je leur dirai simplement que la faciliter n’à jamais mener nulle part. Il faut se battre dans la vie pour mériter son dû. La jeunesse ivoirienne n’est pas de nature paresseuse et truande, alors d’où vient cette nouvelle tendance à arnaquer rien que pour se faire voir dans les Night Club ou dans les endroits branchés de la ville ? Aujourd’hui, nous, jeunes ivoiriens, voyons beaucoup de portes se refermer à cause de notre réputation de « truands du web ». Est-ce l’image que vous voulez donner de votre pays? La Côte d’Ivoire n’a-t-elle pas assez souffert? N’est-elle pas assez brisée et salie par plus de 10 ans de guerre?

Il y a un autre phénomène, à Abidjan particulièrement, non moins inquiétant qui est l’enlèvement d’enfants. En tant que femme donc futur mère, quel commentaire fais-tu et quelles solutions proposerais-tu pour y faire face ?

Je trouve que c’est ignoble et vraiment petit de s’en prendre à des êtres aussi fragiles. Je suis vraiment indignée de ces tortures faites aux enfants. Je pense que l’Etat ivoirien a trop tardé avant de réagir. Il a fallu des mobilisations et de vives réactions sur les réseaux sociaux pour que l’Etat puisse enfin, même si c’est un peu tard, prendre des  résolutions face à ce problème.

Lawal mariée et mère en 2015, faut-il s’y attendre ?

Inchallah, Lawal mariée en 2015 cela pourrait se faire. Lawal, maman, si la première condition est  remplie. Alors je pense que vous pourrez avoir deux belles surprises si Allah le permet en cette année 2015.

La vision collective en Côte d’Ivoire aujourd’hui est « l’émergence à l’horizon 2020 ». En tant que jeune intellectuelle ivoirienne quelle définition donnes-tu à « l’émergence » et que penses-tu de ce pari, une réalité ou une utopie ?

« L’émergence à l’horizon 2020 » pourrait être une réalité s’il ne s’agissait que d’émergence économique. Mais je crois que l’émergence implique aussi le tissu social, les mentalités, la sécurité, l’éducation et bien d’autres choses. Le constat que je fais est que l’Etat ivoirien se focalise plus sur la croissance économique. Mais en dessous il ne faudrait pas oublier le tissu social qui a été fragilisé par plus de 10 ans de guerre. Sans paix il ne peut y avoir d’émergence. Alors qu’il faut la réconciliation et la cohésion sociale pour avoir la paix. On se contente d’un semblant de paix et on veut une «émergence» pour 2020. A cela s’ajoute l’insécurité, pour un pays qui se veut émergent en 2020, je pense qu’il existe trop d’insécurité. Le phénomène des «brouteurs», le kidnapping et les meurtres d’enfants, les braquages, le phénomène des « microbes », les coupeurs de routes et bien d’autres formes d’insécurité qui sévissent dans notre  pays.

Les mentalités aussi doivent changer surtout dans le domaine de la salubrité. L’ivoirien est sale. La preuve, Abidjan est sale, très sale. L’ivoirien n’a aucun respect pour son environnement. L’école ivoirienne est malade, elle est même agonisante. A son chevet, un corps professoral affamé et des élèves et étudiants soucieux de leur avenir.

Il faut des reformes et de grandes reformes pour assainir tous ces secteurs qui, aujourd’hui, sont en grande souffrance sinon, je pense, l’objectif « émergence à l’horizon 2020 » relèvera d’une Utopie.

Quel est le mot qui te décrit le mieux ?

Audacieuse

Quels sont tes vœux pour cette année 2015 pour mes lecteurs et tes proches ?

Pour cette année, je souhaite l’accomplissement professionnel et personnel pour tous. Et surtout beaucoup de santé.

Un dernier mot ?

Je voudrais te remercier, Emile, pour cette lucarne et je te souhaite beaucoup d’évolution dans sa ta carrière de blogueur. Nous, tes amis, te soutenons et te souhaitons le meilleur en cette année 2015. Je terminerai avec cette citation de Anthony J.D’Angelo « Où que vous alliez, quelle que soit la température, apportez toujours  votre propre soleil. Tout est dans l’attitude ».

7 Des réflexions sur “Lawal Diakité : « Mon père a fait de moi la femme que je suis aujourd’hui « 

  1. Je suis fier de toi mummy et je suis impressed par la richesse de ta vie. Ton parcours aboutira certainement sur un success story. Grace à Emile Bela je Te découvre plus et à travers lui je veux exprimer toute mon admiration envers notre promotion. Vous êtes de véritables battants. The future is yours…

    • Grâce à Lawal aussi je te retrouve sur mon blog. J’en suis honoré. 🙂
      Merci d’être passé et A bientôt pour un nouveau billet.
      Amitiés

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