Côte d’Ivoire : n’est-ce pas de la comédie ça?

Des agents recenseurs en formation (c)connectionivoirienne.net

Des agents recenseurs en formation
(c)connectionivoirienne.net

Voulez-vous savoir combien sommes-nous qui vivons sur le territoire ivoirien ? Procédez comme suit : comptez en commençant par zéro, puis ajoutez-y vingt, puis multipliez par vingt, puis ôtez vingt, puis divisez par vingt, puis ajoutez vingt encore puis continuez… et quand vous en aurez marre, abandonnez tout et là vous aurez trouvé le nombre exact de la population ivoirienne. N’est-ce pas simple çà ? Bien sûr que si, parce qu’elle a toujours été si simple, la danse des revenants : on se suit, on se parle, on s’écoute, mais on ne se comprend pas.

“Il est plus facile de compter un troupeau de moutons qu’il n’en est des hommes”, me disait un jour, mon ami Grégoire. Je l’ai pris pour un fou. Je crois que je me suis trompé car je m’en rends compte désormais. Les moutons, eux, il suffit de les attacher à des arbres devant l’herbe, même contre leur gré, et c’est fait. Quand il s’agit des hommes, c’est plus difficile, parce qu’ils sont des êtres doués de raison. Ils savent apprécier la réalité du moment. Vous piétinez leurs intérêts, ils le savent. Vous avez des desseins inexprimés ? Ils le savent aussi.

Mais, les hommes sont aussi et surtout des êtres dotés d’immenses capacités de dédoublement à la limite de l’irréel. Ils veulent une chose et son contraire à la fois.

Ce qui se passe en ce moment en Côte d’Ivoire dépasse l’entendement des esprits fragiles comme le mien. Selon un rapport de la Banque mondiale repris par le PNUD : « Le taux de pauvreté est passé de 38,4 % en 2002 à 48,9 % en 2008. Le milieu rural reste le plus affecté par la pauvreté (62,5 %) en milieu rural contre 29,5 % en milieu urbain ». La vie devient de plus en plus chère. Ça, l’aveugle le ressent, le sourd muet le voit, l’opposition politique le crie à tue-tête et nous, la masse populaire, applaudissons des mains et des pieds pour l’encourager dans sa logique visant à pousser le pouvoir à écouter les pleurs de l’enfant affamé sur son chemin de l’école. Au moment où le pouvoir décide de se doter d’un des moyens pouvant lui permettre d’y apporter une ébauche de solution, cette même opposition crie au scandale, se rétracte et tourne le dos. N’est-ce pas de la comédie ça ?

Le dernier Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) date de 1998, soit 16 ans maintenant et depuis, du fait de la guerre, l’opération prévue pour se tenir chaque décennie n’a plus eu lieu. Avec un taux de croissance annuel démographique de 2,9 %, il est évident qu’en 10 ans, la population ivoirienne a considérablement augmenté au point qu’à ce jour, ni le chef de l’Etat, ni les institutions de développement encore moins l’Ivoirien lambda ne peut dire exactement combien d’hommes et de femmes vivent sur le sol ivoirien. Pour faire face aux besoins croissants des populations, les projets de développement mis en œuvre ont plutôt ressemblé, dans certains cas, à des réponses spontanées aux problèmes qui se posent et qu’on n’a pas pu voir venir dans un pays où 48,9 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Il est donc impérieux d’envisager des alternatives pouvant favoriser l’amélioration, à court, moyen et long terme, des conditions de vie des ménages. Cette obligation prime sur les considérations politiques et partisanes. Autrement dit, au-delà de toutes les passions qu’il enflamme, le projet de recensement général 2014 devrait constituer une priorité pour tous.

D’une part, parce qu’il n’a rien de politique. Le recensement général concerne tous ceux qui vivent sur le territoire national, qu’ils soient de nationalité ivoirienne ou non. Il se distingue ainsi du recensement électoral qui, lui, vise à identifier les Ivoiriens ayant l’âge et le droit de voter. Il aurait s’agit de ce dernier cas que certaines réserves émises par ceux qui prêchent actuellement contre le RGPH se justifieraient totalement vu que plus un parti à de militants recensés, plus il a la chance de remporter les élections à venir. Mais ici, il n’en est rien. Où en est donc le problème ?

D’autre part, parce que le changement social positif auquel aspirent les tenants du pouvoir aussi bien que les opposants ne se décrète pas, il se construit. Il est le résultat de la conception et la mise en œuvre d’un ensemble de projets à impacts directs formulés sur la base des données tangibles disponibles qui s’obtiennent notamment par le recensement général de la population. Celui-ci permettant, dans un Etat normal, de définir les priorités d’investissement en vue, en principe, d’une meilleure orientation des ressources. Comme tel, aucun préalable, quel qu’il soit ne devrait tenir face à cette action d’intérêt public sauf si le but recherché par ces détracteurs est ailleurs. D’où vient qu’on veuille faire passer pour préalable, le rétablissement du dialogue politique −lequel d’ailleurs ?− qui, plus, a commencé depuis belle lurette sans avoir produit le moindre effet bénéfique aux Ivoiriens ? D’où vient qu’on veuille sacrifier le destin de tout un peuple au détriment de celui d’un individu, un seul, aussi fort soit-il ? A qui doit-on s’en prendre si des individus ont choisi de rester en exil nonobstant les incessants appels au retour lancés par le pouvoir quand certains de leurs camarades sont rentrés et ne sont guère inquiétés?

De son côté, le pouvoir pour se donner bonne conscience nous dit le recensement est fait à 65 % et plus. Mais 65 % de quoi ? De qui ? En fin de compte, de qui se joue-t-on dans ce pays ? Il est vrai que la décennie de guerre qu’a vécue la population ivoirienne l’a rendue docile, mais pas naïve. En l’état actuel des choses, nul n’a besoin d’être un expert du domaine pour savoir que le RGPH 2014, biaisé dès le départ pour mauvaise stratégie de communication, est un échec. Quelle stratégie pour rattraper les écarts ? Voici la question qui devrait préoccuper le pouvoir. Autrement, ce sont deux milliards de F Cfa qui auront ainsi été presque « dilapidés » du simple fait des intérêts partisans inavoués d’un clan. De quelle émergence parlons-nous?

5 Des réflexions sur “Côte d’Ivoire : n’est-ce pas de la comédie ça?

  1. « D’autre part, parce que le changement social positif auquel aspirent les tenants du pouvoir
    aussi bien que les opposants ne se décrète pas, il se construit. Il est le résultat de la conception et
    la mise en œuvre d’un ensemble de projets à impacts directs formulés sur la base des données tangibles disponibles qui s’obtiennent notamment par le recensement général de la population.
    Celui-ci permettant, dans un Etat normal, de définir les priorités d’investissement en vue, en principe, d’une meilleure orientation des
    ressources. » Tout est dit !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*