Ghislaine et Claude : 45 jours après…!

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“Ils sont sans vergogne ! Ils sont les ennemis de la liberté ! Le sens de l’humanisme a foutu le camp chez eux ! A la place de leurs cœurs, ce sont des pierres… !” Voilà quelques messages que j’ai entendus et continue d’entendre depuis 45 Jours que Ghislaine et Claude sont tombés sous les balles assassines des gens d’une barbarie inqualifiable dans l’exercice de leur métier de journaliste et réalisateur. Ces messages sont ceux de personnes qui, parce qu’affligées à raison, ont voulu traduire leur compassion, pour certains, et leur colère, pour d’autres. Je n’aurais pas eu d’expressions plus fortes que celles-là face à ce crime odieux ! Comment ont-ils pu faire ça ?! Nom de Dieu !

Mais, en règle générale, lorsque je me trouve devant un drame dont l’ampleur me dépasse, je préfère plutôt me taire et ruminer mon amertume ou ma compassion, c’est selon. Ceci pour ne pas plonger dans l’euphorie des déclarations parfois justes mais très souvent enflammées et démesurées ainsi que les propos épidermiques tendant à accuser celui-ci ou celui-là dans la recherche des coupables, puisqu’il faut qu’il y ait un coupable.

45 jours après, mais toujours avec la même tristesse éprouvée depuis le premier jour, j’écris ce billet dans trois principaux buts :

  1. Dire à Ghislaine et à Claude, à travers eux à tous les journalistes du monde entier ayant subi le même sort, que leurs ravisseurs sont certes parvenus à éliminer leurs corps physiques mais pas leurs talents ni leurs crédibilités encore moins leurs notoriétés. Qu’ils sont certes partis pour des jours sans lendemains, dans des lieux lointains mais des lieux justes parce que tombés pour une cause juste et noble : INFORMER ! Ils sont morts, mais même morts, ils vivront. Qu’aussi longtemps qu’il y aura un seul individu au monde qui allumera chaque matin son poste radio et captera la chaîne de RFI, c’est en leurs mémoires qu’il le fera. Qu’ils resteront toujours là avec nous, en nous, dans nos esprits, dans nos cœurs.
  2. Dire aux familles de Ghislaine et Claude et, au-delà, à celles des journalistes du monde entier ayant subi le même sort, que ceux qu’ils considéraient hier comme des proches A EUX, le sont moins aujourd’hui parce qu’ils appartiennent désormais à des millions de familles répandues à travers le monde qui pleurent chaque instant, ces martyrs de l’information tombés au champ d’honneur… Chacun à sa manière. Le monde se souviendra d’eux, l’histoire le leur rendra.
  3. Dire ma compassion à toute l’équipe de RFI et, au-delà, à toutes les maisons de presse du monde entier dont les journalistes ont subi le même sort. Sachez, vous, mesdames et messieurs, dans vos différents lieux d’émissions, que vous n’êtes pas les seuls dans le combat que vous menez depuis des années pour avant tout et surtout informer JUSTE, révéler la vérité, donner la parole à ceux et à celles-là qui ne l’ont jamais eu. Vous qui tentez très souvent au puéril de vos vies de mettre à nu les forfaitures des régimes ou groupes de milices, pour apporter la lumière sur des pratiques obscures perpétrées par des gens qui, craignant pour leurs vies, opposent à vos micros, cameras ou stylos, leurs armes… mais « nul ne peut cacher le soleil avec la main », dit-on chez moi. La vérité, comme une lampe, brille toujours dans l’obscurité même couverte. C’est pourquoi, peu importe les tentatives meurtrières de ces gens venus d’ailleurs, de vous museler, vous continuerez d’informer, rien que ça, puisque c’est ce que vous avez appris et vous ne savez que faire ça !

Passé le temps des hommages, place aux interrogations. Il y en a une multitude mais les deux questions fondamentales, me semble-t-il, restent celles-ci : Qui et Pourquoi ?

Difficile de rester assis devant son écran d’ordinateur au coin d’une petite salle et répondre objectivement à ces questions, sauf si l’on veut créer une polémique aussi inutile qu’inféconde. La réponse se trouve sur le terrain, dans les résultats d’une enquête OBJECTIVEMENT menée. C’est pourquoi, en attendant les réponses, je n’ose pas m’y aventurer au risque de plonger dans les délices pervers de la diffamation et de la démagogie. Pas question !

Ce billet vise uniquement à rendre hommage à Ghislaine et à Claude et, à travers eux, à ces nombreux journalistes  qui, chaque jour à un coin du monde, sont contraints de se taire à jamais, très souvent sans que justice ne leur soit rendue. En Ghislaine et Claude, je vois Nobert Zongo et Deyda Hydara En pensant à eux, je me rappelle Yves Debay et Olivier Voisin. Dans les regards de Ghislaine et de Claude qui réclament justice se trouvent ceux de Désiré Oué et d’Anna PolitkovskayaLes cris de Ghislaine et de Claude font retentir ceux de Mohammad Hassin Hashemi et d’Abdihared Osman Adan.

« No se mata la verdad matando los periodistas », peut-on dire en Espagnol, pour dire qu’« on ne tue pas la vérité en tuant les journalistes ». C’est vous qu’on a tué, pas la vérité qui est aussi têtue que l’histoire qui se souviendra toujours de ceux parmi vous, journalistes, tombés dans sa quête. C’est pourquoi d’autres après vous continueront à aller à sa recherche même dans son lieu le plus retranché. En s’interrogeant sur la nécessité ou non pour les journalistes d’aller dans les zones de guerre, certains répondent par la négative. “ Pas question d’abandonner ”,répond Florence Aubenas, journaliste ex-otage détenue en Irak pendant plusieurs mois et libérée en juin 2005, dans son interview accordée au quotidien le Matin du 14 Août 2013 sur la question des journalistes en Syrie. Elle poursuit: “Parce que ce serait comme si un médecin, confronté à une maladie, disait: On n’y arrive pas, c’est trop compliqué, on va laisser les gens mourir. »

Votre rôle est d’informer juste, sans plus, et tant que vous ne ferez que ça, il y a aura toujours des gens pour vous accompagner, pour parler de vous et pour vous en votre absence…

En entendant une véritable application de la résolution 1738 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, en espérant l’adoption et l’application sans complaisance d’autres mesures qui protégeraient les journalistes dans leur métier, je termine en réitérant mes condoléances les plus attristées aux familles de Ghislaine, de Claude et de celles de ces centaines voir des milliers d’autres journalistes morts dans l’exercice de leur métier. A ces martyrs de l’information,  je voudrais simplement dire ceci : Demain, justice vous sera rendue ou peut-être jamais. Peu importe ! Mais une chose reste certaine, même morts, vous vivrez, puisque vous avez vécus pour une cause noble : Informer, sans déformer pour transformer !

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