Lettre Ouverte à M. Guillaume Soro, Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire

Crédit image: clergoteditions.com

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Monsieur,
J’ai hésité entre m’adresser à vous en votre qualité d’actuel Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, d’ancien Secrétaire Général de la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI), d’ancien Secrétaire Général du Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI) ou de Blogueur. Finalement, et parce que cela sied au contenu de la présente lettre, la dernière option l’a emportée. Cependant, je vous interpellerai au fur à mesure en vos titres sus-cités. Permettez donc qu’en tant que blogueur comme vous, je vous tutoie et que j’utilise «abusivement» le qualificatif « ami » pour me rapprocher de vous.

Cher ami blogueur,
En ta qualité de ‘jeune’, dans le débat politique ivoirien et pour épouser l’air de ton temps, tu fais un excellent usage des médias sociaux. Ton compte Twitter, ta page Facebook, ton compte Google + et ton très célèbre Blog, pour ne citer que ceux-là, en sont les preuves. Ceci au grand plaisir de nous autres jeunes, friands du Web 2.0.

En Côte d’Ivoire, et cela malheureusement, il suffit à un individu de donner son avis sur un sujet pour qu’on lui attribue une tendance politique. Quant il n’est pas traité de pro-Bédié, il est vu comme un Pro-Gbagbo à défaut d’être un Pro-Ouattara ou un Pro je ne sais plus qui encore… J’ai certes mes propres convictions politiques, mais je ne suis ni militant ni sympathisant d’aucun parti politique en Côte d’Ivoire qui ferait de moi un ‘pro quelconque’.
Je précise donc ici, que j’écris cette lettre en toute liberté d’esprit sans parti pris. Si je devrais être un ‘PRO’ pour que mon message sois compris, je me veux UN PRO-CÔTE D’IVOIRE −sans plus.

Cher ami,
Pour aller droit au but, je t’écris suite à deux billets publiés sur ton blog dont je juge les contenus ainsi que biens d’autres du même genre inopportuns et mal à propos. Cela quelque soit le manteau sous lequel tu te présenterais parmi ceux mentionnés plus haut.

Le 22 Août 2012, tu publiais sous la plume de ton collaborateur, ancien porte parole de la rébellion, M. Félicien Sekongo, un billet titré «Le FPI, une organisation terroriste à éradiquer au nom de l’humanité». La gravité de tels propos, surtout lorsqu’ils sont attribués à un homme d’état de ton rang, a suscité de vives réactions. Les médias nationaux et internationaux en ont fait large écho. Nous étions en ce moment à 13h et avant le couché du soleil, tu es monté au créneau pour te désolidariser du Sieur Sékongo niant la paternité de telles déclarations.

Tu es allé plus loin en t’en prenant au journaliste de Jeune Afrique, M. Mathieu Olivier, que tu as accusé de faire un “amalgame fâcheux et même tendancieux”. Ta déclaration visait à apporter un démenti mais, à la lecture, elle t’a plutôt accusé.

Tu as d’abord crié : “Diantre ! Un article de M. Sekongo Félicien, fut-il publié sur un de mes sites, n’en fait pas pour autant la position de M. Guillaume Soro“, avant de conclure par des interrogations qui disaient presqu’exactement la même chose que ton collaborateur sus-cité, sauf que tu as été moins direct en évitant de nommer ce “mouvement politico militaire”. Tenant les partisans de ce mouvement responsables des attaques armées perpétrées en Côte d’Ivoire, tu t’es demandé : “Quelles sont leurs revendications? Quel est leur idéal politique ou idéologique? Que faut-il penser et que faut-il considérer? N’est-ce pas là du terrorisme?” Où est la différence entre ces propos et ceux qui t’on été “injustement”, dis-tu, attribués ?!

Je vivais au Ghana en cette période, non pas en exile comme biens d’autres mais en stage de fin de formation et j’ai pensé, en ma qualité de blogueur, de t’écrire pour attirer ton attention sur ce que je considère comme des dérives. Toutefois, entre deux missions, je n’en ai plus eu l’occasion et aie fini pas laisser tomber, en me disant que de toutes les façons, tu as démenti ces propos.

Ce 12 Avril 2013, depuis le Sénégal où j’étais, et comme j’en ai l’habitude, je visitais ton blog quand je suis tombé sur un autre billet titré «Chronique ivoirienne –Ingrat comme les crocodiles de Yamoussoukro» publié sous la plume, cette fois, de ton collaborateur M. Moussa Toure. Dans ce billet dont tu n’as cette fois-ci pas nié la paternité sans doute parce que Jeune Afrique ou d’autres quotidiens ne l’ont pas relayé, tu compares, par le canal de ton collaborateur, M. Gbagbo aux Crocodiles de Yamoussoukro. Ces reptiles qui se sont acharné sur le vieux Dicko, le dévorant comme la viande de bœuf qu’il a passé presque la moitié de sa vie à leur donner. Ceci constitue une forme flagrante d’ingratitude, exactement comme ce qui, dis-tu, est observée chez M. Gbagbo. Celui-là qui n’a pas reconnu tous les services que tu lui as rendu, écris-tu. Entre autres, énumères-tu, tu lui auras permis de communiquer avec sa maîtresse dans les toilettes à l’insu de son épouse Simone. Tu lui auras cédé ta suite à l’hôtel du golf…

Cher ami,
Je m’en vais maintenant te dire pourquoi ces deux billets m’intriguent.

Dans le premier cas, le FPI, fut-il ‘un parti de terroristes’, ne saurait être éradiqué. Ceci parce que ses militants sont des Ivoiriens et portent en eux un amour pour la Côte d’Ivoire au même titre que toi et moi. C’est juste la manière de l’exprimer qui sans doute diffère.

Deux garçons tombent amoureux d’une même fille et lui font des avances. Ce qui fait que l’un est préféré à l’autre, c’est la manière dont procède chacun pour traduire cet amour, puisque la fille ne dispose pas d’un ‘amourmètre’ pour mesurer la sincérité et l’intensité des deux amours. Ceci ne fait pas du perdant un ennemi de la fille à éliminer. Qui sait si l’élu ne venait que pour satisfaire sa libido alors que le perdant pensait à un mariage, ou même le contraire ? Il fallait donc un peu de retenu.

Deuxièmement, le terme «ingrat» est employé comme adjectif pour qualifier toute personne qui n’a pas de reconnaissance, qui ne tient pas compte des bienfaits qu’elle a reçu. M. Gbagbo serait donc un ingrat. Supposons qu’il l’est. D’ailleurs, par exagération, on pourrait dire que tous les hommes politiques en Afrique sont des ingrats. Quand, pendant des élections, ils sillonnent les hameaux, promettent milles merveilles aux populations et que celles-ci leur accordent leurs suffrages et qu’une fois élus, ils disparaissent avec leurs petites familles les laissant croupir dans leurs vices et leurs crasses pire qu’ils ne l’étaient avant, si cela n’est pas de l’ingratitude, ça y ressemble beaucoup. Par simple analogie, on pourrait donc dire que ‘tous les politiciens africains sont ingrats, or M. Gbagbo est un politicien africain, donc….’

Mais mon point de vue est que même si M. Gbagbo était un ingrat, tu es extrêmement mal placé pour le dire, de surcroît pas en exposant sa vie privée de la sorte. Quelques soient les crimes qu’on lui reconnaît justement ou non aujourd’hui, il a dirigé ce pays. Il est un ex-Chef d’Etat et comme tel, il mérite toi et moi notre respect total y compris celui de tes collaborateurs.

En 2000, l’accession de Georges Bush au pouvoir d’Etat aux Etats Unis a été des plus contestés. En outre, il a fait une guerre à l’Irak que tous les observateurs de la politique internationale jugent inopportune. Il aurait été traduit devant la CPI s’il n’avait pas été Américain. Mais sais-tu pourquoi il vit aujourd’hui paisiblement ? Parce qu’il est un ex-chef d’Etat Américain. Et pour les américains, le titre d’ex-chef d’Etat est loin d’être creux. Tu as étudié l’anglais à l’Université comme moi, Cher ami. Si tu as eu pour spécialité l’étude américaine comme moi, tu comprendras sans doute ce qu’incarne «The American Dream» ou « le Rêve Américain ».

Cher ami,
Aussi, es-tu loin d’être la personne idéale pour favoriser de tels propos parce que non seulement tu as été un rebelle –je n’irai pas plus loin-, titre que tu revendique d’ailleurs dans ton œuvre «Pourquoi je suis devenu un Rebelle: la Côte d’Ivoire au bout du gouffre» avant de servir sous le règne de cet ‘ingrat’ pendant des années. ‘L’ingratitude’ de M. Gbagbo l’a poussé à se séparer de son camarade de lutte M. Affi N’guessan et à ignorer bien d’autres proches à lui pour faire de toi son Premier Ministre.

Une chose reste certaine, même si son attachement suicidaire au pouvoir lui vaut ce qu’il vit aujourd’hui, toi en tant que jeune faisant ton entrée en politique, tu as accumulé, je n’en doute pas, de bonnes pratiques et acquis ainsi de l’expérience à ses côtés. Lesquelles te serviront certainement dans ta carrière politique en cours. A défaut de les lui reconnaître, tu pourrais faire l’économie de telles déclarations furent-elles écrites par tes collaborateurs.

Au demeurant, dès lors qu’elles sont publiées sur ton blog, tu en es entièrement responsable. Ta tentative à te désolidariser des écrits de tes collaborateurs n’est qu’une tendance à susciter le sensationnalisme béat des esprits faibles. Car, comme moi, tu sais que le blog à un tableau de bord dont l’accès est protégé par un mot de passe que toi seul es sensé connaître.

Dès lors que tes proches l’ont, sauf si tu nous signale qu’il a été piraté, toutes les publications faites sont sensées avoir été autorisées par toi. Nous autres lecteurs, supposons que pour qu’il soit posté, le billet a été ré-lu par celui qui, comme dans une maison de presse écrite, est le Rédacteur en Chef –c’est-à-dire toi.

Troisièmement, enfin, tu n’es pas la personne à encourager de tels propos contre M. Gbagbo pour la simple et bonne raison qu’ils ne t’honorent pas dans tes fonctions actuelles. La Constitution Ivoirienne dispose en son Article 40 qu’en cas de vacance du pouvoir, le Président de l’Assemblée Nationale assure l’intérim. C’est autant dire qu’en ta qualité actuelle, tu es le ‘demi-président’ de la Côte d’Ivoire. Tu es la deuxième personnalité de l’Etat Ivoirien. Tu présides à la destinée de tous les Ivoiriens, qu’ils t’aiment ou non. Et tous, moi y compris, nous te devons considération et obéissance. C’est dans cette fonction, du reste, que tu prônes à longueurs de journées dans tous tes discours −de manière salutaire−, la paix et la réconciliation. Je souligne ici que j’admire énormément ton sens de leadership, le sang froid dont tu fais preuve lors de tes prises de parole aussi bien que ta capacité à demeurer ferme dans les épreuves.

Cependant, tu ne peux pas prêcher la paix le matin et le soir distiller des propos de nature à enflammer les passions et aiguiser la colère de ceux que tu exhortes au pardon, que tu invites à la table de la discussion et à qui tu demandes réconciliation. C’est faire preuve d’incohérence et de contradiction.

Cher ami blogueur,
Je suis désolé d’avoir été si long. Mais il en valait la peine. Car, je tenais sincèrement à te dire que les Ivoiriens dans leur immense majorité attendent beaucoup mieux que ça de toi. Je ne doute pas que tu en es conscient mais je te rappelle que tu tiens entre tes mains, la destinée de ce pays. Tu peux faire de lui ce que tu veux qu’il soit dans cinq, dix ans ou plus. Tu en a le pouvoir. Mais n’oublie pas que l’histoire est têtue.

Ceux qui ont le cœur meurtri par cette guerre aujourd’hui, qu’ils vivent en Côte d’Ivoire ou à l’extérieur, sont prêts à tout pardonner et à aller à la réconciliation vraie, si et seulement si les appels de ceux qui tiennent les rênes du pouvoir sont sincères.

A tous tes collaborateurs à charge de publier sur ton blog, je tiens à dire que ce qui nous a conduit dans la situation ou nous sommes actuellement, c’est en partie dû à cette tendance des partisans de M. Gbagbo –réunis au sein de la galaxie patriotique− et ceux avant eux à faire croire qu’ils aiment la Côte d’Ivoire mieux que quiconque.

N’importe qui oublie le passé est condamné à le répéter. Tirons donc les leçons de ce que nous avons vécus et armons nous de courage pour construire la Côte d’Ivoire de demain… la patrie de la vraie fraternité. Allons-y à l’essentiel. Le monde nous regarde.

                                                                                                                                                                     FIN.

19 Des réflexions sur “Lettre Ouverte à M. Guillaume Soro, Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire

    • là, je suis entièrement d’accord avec toi Emile.belle analyse! je ne sais pas à quoi ou joue quand on crie haut et fort, jours et nuits « reconciliation,pardon » et on tiens de telles propos. lui Soroh est le mieux placé pour comprendre la situation actuelle dans laquelle vivent les ivoiriens. en tant que leader politique il ya certaines choses dont on doit s’abtenir de dire ou de faire. qu’il joue balle à terre car l’histoire rattrape toujour son homme.

    • Salut Nick Angel,
      Merci d’être passé.
      J’apprecie ton temps consacré à mon Blog.
      J’espère te compter desormais parmis mes fidèles lecteurs :))
      Abientot pour un nouvel article.
      Amicalement

  1. J’apprécie toujours ton style franc,direct et sans compromis.Je t’avoue que le blogueur,le politicien et le leader qu’est Guillaume Soro me laisse quelque peu perplexe.En tous cas David Kpelly et Emile Bela:l’un pour le Togo,l’autre pour la Cote D’ivoire:ces deux pays peuvent etre fiers d’avoir trouvés en vous des dignes fils.

  2. Hum très courageux. Il y´a des vérités qu´il faudrait bien dire. Francho, je visitais de temps à autre le site de G. Soro avant de me rendre compte qu´il n´en valait pas la peine. L´Afrique s´attend, et elle le mérite, à plus de maturité dans nos politiques. Vivement Emile!

    • Salut Chère Rendodjo,
      « L´Afrique s´attend, et elle le mérite, à plus de maturité dans nos politiques. »
      Tout est dit ici, dans cette phrase.
      Merci d’être passée.
      Abientôt pour un nouveau billet.
      Amicalement

  3. Vraiment agréable de lire un article sans violence, sans faux fuyant. Je découvre ce blog par cet article et je ne vais pas manquer de suivre ce blog.
    Bonne continuation! 🙂

    • Cher Auguste,
      Merci pour ces mots si gentils.
      J’en suis flatté.
      Merci de compter desormais parmis mes fidèles lecteurs.
      J’espère ne pas te décevoir. Ne manque pas d’attirer mon attention toute fois que tu n’apprecie pas un de mes articles.
      Amitiés

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