Chronique des Temps Nouveaux

Mes Mots Pour le Dire…

Réponse d’un Petit Frère à sa Grande Soeur

Crédit image: clergoteditions.com

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Chère Grande sœur,

Tu m’exigeais une réponse à ta lettre dans 2 jours. Je te respecte et je n’ai pas voulu te faire attendre. Voici donc ma réponse que je te prie de lire en ayant en tête le franc parlé qui me caractérise.

Tu sais grande sœur, il y a cet adage populaire qui dit que « l’homme est à l’origine de son propre malheur ». Dans notre cas ici, cet adage prend tout son sens et je vais te dire pourquoi.

Si le bébé pousse des cris à sa naissance, c’est compte tenu des difficultés de la vie à affronter. Depuis les seins de maman, je savais ceci et je ne voulais donc pas venir. Alors que vous vous précipitiez à 9, 8 parfois même 7 mois, j’ai passé 10 mois à me préparer, à réfléchir et à peaufiner mes stratégies de réussite. J’ai même choisi mon jour et le moment de naissance. Comment vouliez-vous réussir et vous naissiez autres jours que le Mardi et de surcroît la nuit ?! Moi j’ai compris qu’il fallait naître un mardi et à 14h sous le soleil et surtout être de teint noir pas comme vous, aussi blanc qu’un Français.

Une fois né, je ne me suis pas précipité, comme vous, à marcher. J’ai passé 12 mois, je parlais, j’avais mes dents presqu’au complet, mais je n’étais pas pressé. Fâchée, maman m’a une fois jeté à la poubelle comme un cadavre de rebelle ivoirien durant la guerre post électorale. C’est depuis ce jour que je me suis décidé à marcher et j’ai juré que je serais un artiste de renommée. Je veux dire pas comme ces faiseurs de coupé décalé qu’on entend dans les rues d’Abidjan criant plus qu’ils ne chantent, du type « grikata, grikata…Pan ! Pan !» comme un menuisier togolais à Abidjan ivre d’alcool frelatée raccommodant des morceaux de bois. Je m’y exerçais. Mais ceci n’était pas de ton goût.

Tu te souviens sans doute de ce soir où maman nous avait envoyé acheter du pain à la boutique. Ce jour-là, tu m’avais mis au dos et comme chez nous les artistes l’inspiration vient quand on est bien positionné, je me suis mis à chanter plus fort que d’habitude. Te plaignant, prétextant que je te criais à l’oreille, tu m’as tapé sur la bouche et dans ma colère, je t’ai mordu dans le dos puis tu as détaché le pagne qui me tenait et m’a laissé tomber. Mes chansons se sont mélangées dans ma tête. Depuis ce jour, j’ai perdu le gout de la musique et ai juré de jouer au football. Là aussi, ce n’était pas du goût de papa qui voulait plutôt que je sois un banquier. Il avait pour moi un rotin chaque fois que je mentais soutenant qu’un banquier, c’est l’honnêteté.

Maman, elle, voulait que je sois un docteur en médecine parce qu’elle était trop maladive. Toi tu voulais que je sois un mannequin parce que tu disais aimer la mode. Moi Emile m’imaginer sur un podium entrain de défiler : aller-revenir-bloquer et finir dans le lit d’un vieux blanc pour me faire déchirer l’anus comme ce « goorjigeen » ou « homo » Djamil Bangoura au Sénégal ? Non. Merci.

Moi, je voulais devenir un footballeur et je volais les nouveaux purgeoirs de maman que je faisais couper en ballon pour jouer derrière la maison. J’avais du talent, et toutes les belles filles m’applaudissaient. Je me serais marié, j’aurais eu trois enfants, construit une duplex à la Riviera Palmeraie et une autre à Yopougon Maroc pour coucher avec ces frivoles d’Abidjan prêtes à se déshabiller devant n’importe quel idiot pourvu qu’il soit un footballeur « professionnel ». Mais par votre faute, je suis plutôt aujourd’hui un stagiaire « professionnel ».

Il y a cet adage qui dit que ce qu’un homme aime le plus, c’est ce qui le conduit à sa perdition. Un dimanche matin d’Octobre 1991 à 6h, papa m’a réveillé et m’a fait porter une nouvelle chemise et m’a dit que nous allions acheter mon ballon au marcher de Youkou, la ville où tu vivais pour les études. Je te narguais quand tu y retournais après les vacances parce que pour moi, c’était pour te punir que papa t’as envoyé à l’école.

Une fois à Youkou, tu as promis m’acheter un gros ballon le lendemain, et papa s’est échappé. Jusqu’à ce jour, je n’ai reçu aucun ballon. Je me suis retrouvé dans une maison à la toiture à moitié enlevée avec des gamins puant comme des prostituées à la rue princesse d’Abidjan et un monsieur que je détestais tant il nous couvrait de sales injures comme un libanais à Abidjan face à ses ouvriers dans son magasin. Moi, le footballeur professionnel en devenir être humilié par un type aussi pauvre qu’un nigérien coupeur d’ongles à Accra? Moi Emile à l’école !? Nom de Dieu ! Vous n’avez même pas demandé mon avis. C’est un vol organisé. C’est même un braquage poli. Je porterai plainte auprès de la justice ivoirienne quand j’aurai suffisamment d’argent à mettre dans la poche du juge au point de lui faire oublier tous ses cours de droit et qu’il vous accuse même d’avoir été les auteurs de l’assassinat de Jésus.

En attendant, j’ai accepté le chemin de l’école et ais fais un parcours de la 1ère année de primaire à mon deuxième Master sans reprendre de classe.

Mais, après 20 ans d’études et trois années de stage, je suis toujours sans emploi. Je ne fais que des stages où les responsables de ces organisations me sucent tout le nectar. J’ai vieilli avant l’âge. Je t’apprends qu’une partie de ma tête est même devenue chauve à moins de 30 ans. Je n’ai jamais gouté à la douceur des câlins d’une fille parce qu’elles me trouvent toujours fané, respirant la pauvreté. Je n’ai même pas plus de 30 dollars dans mon compte bancaire. D’ailleurs, ma carte magnétique ne me sert que pour flatter les filles. Cela marche bien au Burkina, mais pas au Benin. Je fais mon versement à 9h le matin et le retire le soir à 18h pour mon rendez-vous avec ces filles ghanéennes prêtes à vous friser les poches devant lesquelles j’adopte l’attitude d’un véritable Gabonais à Accra donnant l’impression que mon père était le président du Monde.

Je suis donc aussi pauvre qu’un étudiant togolais simplement parce que vous m’avez envoyé à l’école. Alors, à qui la faute ?  L’homme est à l’origine de son propre malheur. Tu m’avais demandé de t’envoyer de l’argent pour que tu survives ?! Je suis désolé de t’annoncer que tu vas mourir parce que je n’ai aucune pièce d’argent à t’envoyer. L’hernie de ton fainéant de mari le tuera ; les pseudos pasteurs businessmen continueront de s’enrichir sur le dos de ta fille malade ; ton fils junior devra dire à Dieu l’école. Ce n’est pas de ma faute, mais la votre, celle de papa, maman et toi qui m’avez envoyé à l’école ignorant qu’aujourd’hui un analphabète footballeur vit deux fois mieux qu’un professeur agrégé d’université. C’est en espérant que tu me comprendras que j’écris le mot FIN.

Accra le 4 Décembre 2012

Ton Petit Frère

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19 Responses

  1. Chronique des Temps Nouveaux » Octobre 2012 – Octobre 2013 : 46 FOIS MERCI ! says

    [...] Réponse d’un petit frère à sa grande sœur (19.12.2013) [...]

  2. jimm says

    Great piece…you now what i mean

    All the best
    jimm

  3. AUNTY CHRYSTY says

    je n’ai lu que 2 de tes écrits sur ton blog et je les ai bcp appréciés. ils font bcp réflechir .
    j’aimerais être inspirée un jour pour écrire comme toi. Mais chacun a un don particulier je pense.
    en tous cas je t’encourage bcp.
    HAPPY BIRTHDAY !!!

    • Emile Bela says

      Merci Aunty,
      ça me fait chaud au coeur.
      Si tu as aimé, reviens-y la prochaine fois car le meilleur reste à venir.
      Amicalement

  4. Kady TRAORE says

    c’est dommage mon Emile…
    Et c’est la plaie de l’Afrique, tu fais le tour de l’Afrique comme stagiaire…
    et te voilà devenu stagiaire professionel…Courage et ne baisse pas les bras…

    Bonne fete de Noel par anticipation!!!

    • Emile Bela says

      Merci ma Kady,
      Même si je n’ai pas un emploi, j’ai ma Kady…et çà me suffit.
      Amicalement

  5. Hedy says

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    • Emile Bela
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    • Emile Bela
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  8. Moustapha says

    Emile, ton courrier n’est pas seulement libérateur pour toi seul. Il l’est pour la mulltitude qui se sent frustré de n’avoir pas pu suivre leur rêve. De nombreux enfants ont été amené à abandonner leur rêve pour suivre celui des parents ou d’autres personnes.
    Cette lettre est un hommage que tu leur rends.
    je me suis retrouvé dans ta reponse pour dire vrai.
    Merci boss pour ce cadeau de fin du monde!

    • Emile Bela
      Emile Bela says

      Salut Moustapha,
      Merci d’être passé encore une fois et surtout d’avoir compris l’article.
      Tu t’y es retrouvé?! j’en suis ému.
      Amicalement

  9. Bléou Phatacomy says

    Tu n’es pauvres mon gars mais plutôt riche de connaissances. Et c’est grâce à l’école. Et le boulot? Tu l’auras à coup sûr!

    • Emile Bela
      Emile Bela says

      Aaaahh Vivement mon Frère Bléou,il faut que ce boulot vienne!
      Amicalement

  10. RitaFlower says

    Je dis que c’est une réponse à la hauteur de la lettre envoyé par ta frangine.Tu parles avec ton coeur en lui disant tes vérités que tu as gardé en toi depuis si longtemps.C’est un COURRIER LIBERATEUR.Tu vois cher Emile,le problème en COTE d’IVOIRE et ailleurs c’est que lorsque tu as la chance d’avoir un travail tout le monde te demande de prendre en charge une vingtaine de personne.Au lieu que chacun travaille pour pouvoir subvenir à ses propres propres besoins élémentaires.C’est vous qui avez le pays maintenant cher Emile,débrouille toi pour te dénicher un bon job vu tes compétences et tes qualifications.Au besoin,fait-toi pistonner oh.Ca marche comme ça. COURAGE à toi cher frère.N’hésite pas à me parler par mail privé si tu en a l’envie,ok.

    • Emile Bela
      Emile Bela says

      Salut Ma Chère Rita.
      Permet que je te félicite pour ta fidélité à mon Blog.
      Je te suis reconnaissant.
      Pour le reste, je t’encouragerais plutôt à lire entre les lignes pour comprendre mes textes.
      En réalité, très souvent je dis plus entre les lignes que ce que les mots disent ouvertement.

      Dans cet article par exemple, j’écris sur la difficile condition des étudiants en fin de formation, je fais allusion au fait que les footballeurs sont mieux traité que les enseignants d’université, je met en évidence l’attitude de nos soeurs ivoiriennes qui se prostituent face aux footballeurs…entre autres. La réponse tout comme la lettre elle-même n’est que fictive, il fallait aller au-delà pour comprendre…
      Amicalement

  11. Emile Bela
    Emile Bela says

    Parlons-en ici!

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