Mali : A un moment donné, il va falloir que ça prenne fin !

En Juillet 2013, je m’interrogeais sur l’opportunité d’organiser des élections dans le contexte d’alors du Mali. Les partisans du “oui, il le faut” m’ont sans doute pris pour quelqu’un qui ignorait tout du jeu démocratique. De démocratie parlions-nous ? Peut-être… mais d’une démocratie frelatée qu’on a servi aux maliens et qu’ils parviennent toujours difficilement à digérer. On a fait croire aux maliens et aux amis du mali au mythe de la panacée que représentent les élections présidentielles aux problèmes des pays africains. Les élections, il le faut pour entamer ou consolider la démocratie. Toutefois, il est primordial de s’assurer que les conditions de leurs tenues s’y prêtent. Cela pour garantir leurs crédibilités, leurs transparences et réduire les violences qui en découlent dont la gestion devient par la suite plus couteuse que le processus électoral lui-même. L’exemple de la Côte d’Ivoire en 2010 parle de soit, tout comme il faut vraiment croire à ce mythe pour encourager la tenue d’élections dans le contexte actuel du Burundi.

Il y a donc le contexte, et, en ce moment là, celui du Mali ne s’y prêtait pas, même si l’intention derrière –qui était de mettre en place un pouvoir “légitime” voire “démocratique” avec lequel composer −était bonne. Tous ou presque le savaient. Sauf que la puissance colonisatrice à qui le pays doit son existence actuelle le voulait autrement. Et, puisque c’est elle qui finançait, il n’y avait pas matière à opposition. Les maliens ont ainsi été convoqués aux urnes. Ils y sont allés, mais pas tous. Or, le problème du Mali est un ensemble de plusieurs parties difficiles à dissocier. La corruption, la gabegie et le favoritisme, entre autres, déplorés par les maliens au niveau des institutions de l’Etat ont entrainé le pourrissement du système. Celui-ci s’est traduit par la fragilisation de l’économie nationale, l’enrichissement des plus riches, l’appauvrissement des plus faibles, la précarité des conditions de vie des populations et l’inégale répartition des richesses du pays. Cette dernière a fait naître un sentiment de rejet chez une partie de la population, notamment celle du Nord du Pays.

On le sait, lorsque l’on vit avec moins d’un dollar par jour, les codes moraux s’infléchissent forcement et un boulevard s’ouvre sur les actes incontrôlés des intéressés. Ce sentiment de rejet, justifié ou non et la pauvreté de plus en plus difficile à supporter ont prédisposé les esprits au mal; puis lorsque s’est immiscés Al-Quaida et ses branches armées, le terrain de la religion a vite fait d’être exploité…

En ce moment là, les maliens avaient certes besoin d’aide extérieure, mais pour les aider à se débarrasser des parasites qui réduisaient leurs libertés, violaient leurs droits même les plus fondamentaux dont celui à la vie. Il fallait mettre fin sans conditions aux pires formes de crimes contre l’humanité perpétrés contre un peuple déjà éprouvé par la misère. Il fallait en un mot pacifier le pays; ranger les armes; maintenir la sécurité des personnes et des biens. C’est ce dont le Mali avait besoin et qui justifie que François Hollande ait été ovationné à son arrivée.

Cependant, on ne va pas à un bal de démocratie les armes à la main. Il aurait fallu obtenir par la force ou par le dialogue, le dépôt des armes par ceux qui n’en avaient pas le droit. Malheureusement, pour des raisons jusqu’ici ignorées par les observateurs moins avertis comme moi, mais connues d’une partie des maliens qui aujourd’hui critique le sauveur d’hier, tous ont fermé les yeux. Le problème a juste été déplacé et, au nom de la démocratie qui veut qu’il y ait des élections, les maliens sont allés voter, à pas de caméléon, l’arme pointée au cul.

Aujourd’hui, les avis sont mitigés sur le bilan d’un Ibrahim Boubacar Kéita qui, visiblement, ne semble pas s’être rendu compte de l’ampleur de la tâche qui l’attendait et qui fait au moins l’unanimité sur son tâtonnement dans la gestion du pays. Les plus tolérants lui trouvent une circonstance atténuante en évoquant –à juste titre− l’impasse dans lequel il est plongé dans la gestion de la crise avec des négociations qui durent et perdurent face à des individus qui narguent le peuple malien. Ses détracteurs, eux, parlent d’échec non sans évoquer ‘son style de vie extravagant’ à la tête d’un pays presqu’embourbé économiquement.

Peu importe ce qu’on lui reproche, le problème n’est pas IBK en soit, mais ce qui l’a conduit là où il se trouve en ce moment, c’est-à-dire les élections. Il ne suffit pas d’organiser des élections pour être démocratique, pour espérer la solution à tout. Sur ce point, je rejoins le Prof. Issa N’dia. La Démocratie est bien plus sérieuse que çà. Les élections en elles seules ne suffisent pas. Il en faut plus, et une partie de ce ‘plus’ découle de ce qui précède les élections et qui détermine la suite. « Comme on trébuche, comme on tombe », rappelle le dicton. En tenant compte du temps qu’il perd à tenir ce dialogue de sourd depuis son élection, on se demande ce qui peut bien lui en rester pour se consacrer à l’essentiel, à l’amélioration du quotidien des maliens.

Ils ont tué le serpent. Ils ont omis de lui trancher la tête. Il se retourne contre eux −fatalement. En plus du Nord, les crimes sont désormais commis en plein cœur de Bamako. Les signaux sécuritaires du pays sont loin du vert. La menace sécuritaire nationale est alarmante, quoiqu’on joue la carte du « tout-va-bien-ici». Il ne s’agit pas de prédire l’apocalypse, mais d’attirer l’attention de ceux qui ont pouvoir d’actions au-delà des mots, sur la nécessité d’intervenir à titre préventif au Mali.

Je ne vis pas au Mali, je ne suis pas malien encore moins spécialiste du Mali, mais, mes amitiés dans ce pays ainsi que mon estime pour son peuple justifient mon attachement qui me pousse à suivre son actualité telle qu’elle évolue comme je le fais, du reste, pour d’autres pays africains. Ce que j’écris ici peut donc avoir des limites, je l’admets, mais l’évidence, sauf si on veut la voir les yeux bandés, est que la promesse des élections faite à grand bruit hier trahit à quelques exceptions prêts, la réalité d’aujourd’hui; C’est que les Maliens ne vivent pas mieux aujourd’hui qu’ils ne l’étaient hier; C’est que la sécurité nationale n’est pas moins menacée aujourd’hui qu’elle ne l’était hier. Pour la énième fois, on tend vers un accord entre le gouvernement et certains groupes rebelles; C’est bien. Mais, encore faut-il qu’une fois signé, cet accord soit respecté…

Ce que je dis donc, c’est qu’il y a longtemps que durent la tergiversation et l’incohérence, la complaisance et l’hésitation, l’hypocrisie et la légèreté dans la gestion de la crise malienne. Et, plus ça dure, plus le Mali s’enfonce dans son marasme économique actuel; plus les maliens s’éloignent de leurs rêves d’une vie meilleure chez eux, au mali. Par conséquent, plus ils aspireront au meilleur ailleurs; plus ils se lanceront nombreux sur le sentier de leurs «rêves maudits»; plus ils embarqueront aussi nombreux pour l’Europe en quête d’une illusion perdue; plus il y aura d’autres Lampedusa. Ça fait des années que ça dure, tout ça ! Mais, à un moment donné, il va falloir que ça prenne fin !

Il va falloir non seulement que la fameuse communauté internationale joue franc jeu dans la gestion de la crise au Mali et qu’avec son appui ainsi que celui des amis du Mali et de tous les maliens vivant au Mali et à l’étranger, soit trouvée une solution rapide et durable à cette crise devenue pour certains, un canal d’expression de leur mépris pour le peuple, pour d’autres, un fond de commerce et, pour d’autres encore, un moyen pour se façonner une respectabilité en lambeaux aussi bien ici que là-bas.

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