Votre « changement », voici ce que j’en pense…

winston-churchill.9906-dire-rien-bonne-changement-direction-negatifA la radio, à la télé, dans les journaux, sur Internet, au marché, à l’université, même à la morgue tout le monde aspire au changement et chacun croit être celui ou celle que le monde attend pour que cela soit. Pour s’accommoder à la navrante mutation de nos sociétés, de notre monde, imposée par nos envies capricieuses, nos habitudes de vies fantaisistes, nos quêtes égoïstes du pouvoir et nos courses effrénées vers l’argent, il faut aspirer au changement. Pour ça, il faut un brin d’audace et ce n’est pas ce qui manque aux vaillants acteurs de changements dont la liste ferait une encyclopédie de plusieurs tomes. C’est bien. On peut même l’acclamer des pieds et des mains!

Mais, là où le problème se pose, c’est lorsque le changement dont tous parlent et auquel tous aspirent est mal conçu et modelé pour servir des intérêts très souvent mesquins. Plus loin, on s’aperçoit que quantité de ces aspirants au changement se drapent dans des intentions [nobles uniquement à leurs yeux] qui flattent, non sans dégoût, leur ignorance et les exonèrent de tout scrupule. Ils occultent l’exercice obligatoire auquel tout aspirant au changement devrait se soumettre avant de s’y engager, c’est-à-dire trouver des réponses assez précises à une kyrielle d’interrogations dont les principales sont les suivantes : Quel est l’existant ? Dans quel état se trouve-t-il ? Qu’a-t-il de bien à conserver? Qu’y a-t-il de mal à changer ? Pour quoi et pourquoi faut-il nécessairement que cela change ? Comment opérer le changement ? Comment inscrire le changement apporté dans la durée ?

C’est à ce niveau que ça coince, parce que tout simplement, c’est à ce niveau que chaque acteur étale son projet de changement et, Dieu seul sait si, nombre de ceux qui piaillent le changement à longueur de journée sont porteurs de projets susceptibles d’être évalués sur la base des critères de pertinence dont certains sont ci-dessus énumérés.

On a assisté à une véritable danse de tango au Burkina Faso parce que les acteurs clés ont rêvé d’un changement sans s’y préparer réellement. J’ai été sidéré d’entendre un opposant burkinabè avouer qu’ils ont été surpris par la rapidité des évènements. Un peu dans la peau du chasseur qui met le feu dans le trou du rat et qui est surpris de le voir sortir. Ceci n’est pas une insulte à l’intelligence du peuple souverain du Burkina, mais c’est reconnaître que le changement voulu par les leaders se limitait à l’éviction, du fauteuil doré du palais de Kosyam, de celui dont on en voulait plus. Comme conséquence, on a changé de président à un rythme que n’envie guère une partie de lutte sénégalaise. Mais, quid du système dans tout ça? A-t-il aussi changé ?

Nous avons vu des Libyens par médias étrangers interposés clamer leur aspiration débordante au changement pour se défaire d’un régime fasciste, dictatorial, totalitaire, incarné par un Kadhafi trop pimenté et salé à leur goût. Aujourd’hui, je parie que parmi eux, ceux dont l’Etat islamique et les autres terroristes n’ont pas encore fait exploser ce qui leur sert de tête donneraient tout pour que Kadhafi soit Jésus pour ressusciter.

En Côte d’Ivoire, je me souviens du fameux slogan « Gbagbo kafissa » pour dire « Gbagbo est mieux » scandé par certains détracteurs du régime actuel. Les mêmes, quand ils auront fini de sacrifier Ouattara sur l’autel de leurs intérêts égoïstes, reviendront et jureront que le président qu’il fallait à la Côte d’Ivoire était Ouattara, le bâtisseur, l’homme de paix et tralala…

Il est une évidence que, pour aspirer au changement, il faut se reconnaître des valeurs et des qualités exceptionnelles, une spécificité qui nous distingue des autres et qui fait de nous une personne capable d’imaginer les choses dans un sens que peu ou personne n’a pensé pour le bien commun. Mais il n’en demeure pas moins que cette conviction d’appartenir à une essence supérieure, habilitée à regarder de son piédestal les autres, constitue un moyen commode non seulement de saboter ses propres défenses intellectuelles, mais aussi de se prélasser dans son ignorance.

Certains blogueurs veulent changer le monde en écrivant des articles qui enflamment les passions quand ils ne font pas de veines spéculations assorties d’injures à l’égard des autorités de leur pays au nom d’une liberté d’expression mal comprise. Certains journalistes veulent changer le monde en vendant leur plume, leur dignité avec, pour diffuser des informations si erronées du type Ben Laden était l’ami intime d’Obama et que s’il l’a tué c’est parce qu’il l’a cocufié avec Michelle. Certains politiciens africains veulent changer le monde en promettant qu’il ne feront qu’un seul mandat, force est de constater qu’on a pas la même façon de compter les années. Ils affirment même que l’argent public qu’ils sont accusés d’avoir détourné a servi à construire l’hôpital général de notre village alors que nous continuons de nous faire soigner le paludisme chez Mahadou, le guérisseur du village faute d’une clinique et d’infirmiers. Les pasteurs, prêtres et imams jurent que les quêtes sont destinées à Dieu, et à Lui tout seul. Cela dit, ils se plaignent que nous ayons donné un billet déchiré sachant que le boutiquier du quartier ne l’acceptera pas, ou que le total de la quête n’excède pas 50 000 F alors que nous sommes témoins que tout a augmenté sur le marché… même Boko Haram veut changer le monde en enlevant, en tuant des innocents, alors qu’il sait qu’il suffit que toute son armée s’entasse dans une maison que l’armée tchadienne aspergerait d’essence et y mettrait du feu pour que le monde vive mieux.

Tous donc veulent le changement, mais au fait, dites-moi, qui veut quoi pour qui pourquoi où quand et comment, chers agents de changement?

Si vous voulez changer le monde, c’est bien, mais prenez la peine de comprendre ce que renferme le changement. Sachez aussi que le changement commence par vous-mêmes. Surtout, demandez-vous avant de vous y engager si le problème que vous posez est perceptible au-delà de vos lunettes ou encore si vous ne l’aviez pas créé. Parce que c’est court de penser chaque fois que le mal provient de l’autre car comme le dit l’adage, « si tu te tapes la tête contre une cruche et que ça sonne creux, n’en déduis pas forcément que c’est la cruche qui est vide  ».

13 Des réflexions sur “Votre « changement », voici ce que j’en pense…

  1. Comme c’est bon de lire ça ! Dommage que la phrase en préambule ne soit pas à la hauteur du propos de votre billet : audacieux et sans langue de bois pour pointer nos incohérences.. Il ne s’agit pas de prudence, mais de rappeler à chacun sa tesponsabilité dans l’appel au changement, pour qu’il ne demeure pas une chimère.

  2. Belle réflexion et surtout belle critique sur les « pseudo » changements qui se sont opérés dans notre cher Afrique. Ça été un plaisir de les parcourir à travers ton billet (même s’il est un peu: c’est pour la bonne cause). Bien à toi 🙂

    • Benjamin, tu trouve le texte un peu trop long ahahahah, je vois que tu es moins ‘bavard’ que moi:) Je tâcherai d’être comme toi la prochaine fois 🙂
      Merci d’être passé et Abientôt pour un nouveau billet!

      Amitiés

  3. Pingback: Du côté de Chez Soi* - Djifa du Fond du Coeur

  4. « le paludisme chez Mahadou, le guérisseur du village faute d’une clinique et d’infirmiers » Il faut donc remercier Mahadou. j’espere qu’il n’est pas Ahoussa, ce serait la plus belle preuve d’integration et de artage des savoirs…Continue ainsi mon fils..

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*