Bénin, sur les traces d’une démocratie frelatée (Fin)

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Signes d’une démocratie en constant effritement

Dire de la démocratie béninoise dans son état actuel qu’elle se porte mal est loin d’une exagération et les signes son nombreux qui le traduisent.

-La Liste Électorale Permanente Informatisée (LEPI) : Dès son accession au pouvoir, en 2006, M. Yayi Boni a promis aux béninois de faire de leur pays « un village numérique ». Peut-être au pied du mur, le maçon s’est rendu compte que la tâche est moins facile qu’il ne le croyait. Mais en tout cas, en 2014, soit 8 ans après, le bénin ne figure même pas parmi les dix pays les plus présents sur internet. Toutefois, charité bien ordonnée commençant par soi-même, le Président a bien voulu moderniser le moyen par lequel les chefs d’Etat seront désignés en informatisant la liste électorale en 2010-2011. Cette initiative fut cependant jugée lapidaire et non transparente par l’opposition béninoise qui appelle depuis lors à une correction. Ni les marches et communiqués de protestation, les audiences au Chef de l’Etat de l’Union fait la Nation, ni les suggestions faites par le Front Citoyen pour la Sauvegarde des Acquis Démocratiques n’ont suffit pour parvenir à une révision appelée de tous leurs vœux par une bonne partie de la classe politique et la société civile. Aujourd’hui, la question reste en suspens sur fond de tension politique.

-Succession de scandale : Ceux qui l’ont côtoyé reconnaissent au natif de Tchaourou (Bénin) un attachement aux principes chrétiens, ce qui lui vaut le sobriquet de président-pasteur, ainsi que des valeurs d’intégrité morale irréprochables. Mais, ces valeurs couplées avec la rigueur qu’on reconnait aux économistes en général n’ont pas empêché une succession de scandale de détournement de deniers publics sous son règne. Les plus grossiers qui auront suscité la grogne tant chez la classe politique que chez la société civile restent le scandale du Chantier de construction de la centrale mixte gaz et Jet A1 (combustible à base de kérosène) de Maria-Gléta à Abomey-Calavi, l’affaire ICC Service des « Madoff béninois » et les fraudes de l’organisation en 2009 du sommet de la Communauté des Etats Sahélo-sahariens (Cen-Sad). Ce flot de corruption présumée ou avérée entachera alors la crédibilité du Bénin en matière de gouvernance économique. Le doute s’installe désormais dans le cœur des partenaires économiques d’un pays tourné vers l’extérieur quand il s’agit de faire face à ses besoins économiques.

-Retrait du Bénin de la liste des pays éligibles au Millennium Challenge Account (MCA): L’une des conséquences immédiates de la décadence de la gouvernance économique du Bénin fut le retrait du pays, en 2013 par les Etats Unis, partenaire stratégique, de la liste des pays éligibles au fameux programme MCA qui n’est autre qu’un fond de développement bilatéral crée pour soutenir les meilleurs élèves (pays) Africains en matière de démocratie. Le retrait de ce fond d’une valeur de 150 milliards de F CFA (soit 228,7 millions d’Euros) dont a bénéficié le pays lors de la première phase de son admission, même si à lui seul ne saurait constituer un baromètre de démocratie, est une preuve que la machine démocratique béninoise est rouillée.

 -Le recul de la liberté d’expression et de manifestation : Les mutations pro-démocratiques des années 80-90 au Bénin se sont faites de manière on ne peut plus libre. Ceci a valu la prolifération des Maisons de Presse. Dans son rapport paru le 31 Mai, 2010, la Haute Autorité de l’Audiovisuelle et de la Communication (HAAC) dénombrait 76 organes de presse (Quotidiens, et autres périodiques). Hormis les difficultés financières que rencontraient ces maisons, elles jouissaient d’une liberté d’expression qui ne semble plus être la même aujourd’hui. En 2006, le classement par Reporter Sans Frontière des pays en matière de liberté d’expression indiquait le Bénin en 24e position mondiale. En 2014, le pays est passé au 75e rang. Si le Bénin n’enregistre fort heureusement pas de journalistes emprisonnés, exceptés les cas de fermeture définitive des quotidiens « Le Béninois Libéré » pour avoir critiqué les chefs d’Etat et du Conseil de l’entente comme des « mal-élus » et d’interpellation en 2006 du Directeur de Publication et du Rédacteur en Chef du quotidien « La Diaspora de Sabbat » “pour avoir dit qu’une des filles du président souffrait de maladie mentale”, la presse de manière générale, elle, est prise dans le carcan de la difficulté d’accès à l’information, l’absence de financement officiel et crédible, entre autres. A cela s’ajoute l’affaire des 8 milliards de francs Cfa en 2012, contre la chaîne Canal 3 qui a été vue par les acteurs des média béninois comme une tentative du gouvernement de “caporaliser” la presse dans son ensemble, ce que relève le Vice Président de l’HAAC en affirmant que la presse béninoise est “menacée”. Ces questions couplées avec les lois antigrèves notamment pour le corps des paramilitaires décriées par la classe politique béninoise font figure de ces indices de la régression de la démocratie au Bénin.

-L’affaire Patrice Talon : En soit, une tentative d’assassinat du président de la république d’un pays ne peut être considérée comme un indicateur de démocratie, du moins pas directement. Il s’agit beaucoup plus d’un délit passible de peine de premier degré. Mais en l’évoquant ici, il s’agit de mettre en évidence les circonstances qui entourent la question qui traduisent non seulement la perte apparente ou avérée par le pouvoir, du contrôle de l’appareil exécutif et certains desseins cachés qu’évoquent les acteurs et qui cachent dans leur ensemble, un mal plus profond, celui d’un système en effritement.

Patrice Talon est un richissime homme d’affaire Béninois de 55 ans qui a été soupçonné d’avoir tenté, en complicité avec Moudjaïdou Soumanou, ancien Ministre du Commerce et de l’Industrie et Directeur Général de la SODECO, Ibrahim Mama Cissé, médecin personnel du président et aussi, Zoubérath Kora-Séké, la propre nièce de Boni Yayi, employée à la présidence, d’assassiner par empoisonnement en Octobre 2012 le Président Yayi. L’affaire continue d’alimenter plusieurs polémiques. Certains évoquent la thèse d’un régime corrompu qui a été longtemps financé par  ce milliardaire qui a décidé de lui tourner le dos aujourd’hui. L’opposition parle de “mise en scène grossière” pour se maintenir au pouvoir malgré la limite constitutionnelle, thèse que soutient le présumé coupable lui-même. Peu importe la thèse qui tienne, ce qui intrigue ce sont ces accusations tous azimuts dont l’une des victimes reste le juge, Angelo Houssou, ayant rendu le verdict dans cette affaire déclarant un non lieu et qui a dû s’en fuir du Bénin le 1er Décembre 2013 pour échapper à ce qu’il pourrait endurer sa famille et lui. Cette affaire, les circonstances qui l’entourent et son dénouement constituent un indice de la fragilisation du pouvoir et du système au Bénin.

 -L’amplification de la grogne sociale : Le moins qu’on puisse dire est que le torchon brûle entre le pouvoir de Cotonou et la population. Sur tous les fronts ou presque, c’est la contestation. Des Universitaires au Magistrats en passant par les acteurs de la santé,  le mécontentement est visible. A l’origine de cette grogne sociale telle que présentée dans leur motion de grève, les syndicats évoquent, entre autres, les revendications salariales, le respect de la liberté démocratique et syndicale ainsi que la sécurité pour tous les béninois. Il reste cependant à saluer le caractère non violent de ces revendications, ce qui traduit la maturité du peuple béninois.

Huit années après son accession au pouvoir, Boni Yayi aura contribué à changer l’image du Bénin. Positivement ? C’est moins osé de répondre par l’affirmatif surtout en matière de diplomatie : (visite du Pape, du SG des nations Unies, premier président d’Afrique subsaharienne à avoir été reçu par François Hollande à l’Elisée après son élection, lui-même désigné par ses pairs africains comme président de l’Union Africaine…) ainsi qu’en termes de redynamisation de la vie publique au Bénin.

Toutefois, et sans risque d’exagérer, il est juste de reconnaître que les années où abondaient les discours élogieux des adeptes du pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple -la démocratie vraie, sont révolues ! La démocratie Béninoise est en ébullition, disons dans un pitoyable état de putréfaction dont la senteur dépasse les frontières de ce beau petit pays d’Afrique de l’Ouest avec ses 9.983.884 habitants pour atteindre les observateurs même profanes et passionnés de géopolitique comme moi au point de motiver ce billet qui, loin d’être une simple compilation de données sur l’histoire de ce pays, est un appel à l’endroit de la jeune génération béninoise, en particulier, à une prise de conscience collective afin de préserver les acquis socio-économiques et démocratiques de leur pays.

De loin, nous espérons que les vieux démons du pouvoir des hommes en bottes ne referons pas surface et que toutes les forces vives de l’ancien «Quartier latin de l’Afrique» comprendront que ce qui les divise est insignifiant face à ce qui les uni, c’est-à-dire le BENIN dont ils ont hérités et qu’ils devront léguer aux prochaines générations, fragmenté ou UNI. Le choix leur revient !

 FIN.

Pour aller plus loin :

http://www.jeuneafrique.com/Articles/Dossier/ARTJAJA2567p038-041.xml0/pauvrete-democratie-independance-nicephore-soglobenin-ebullition-dans-le-laboratoire-de-la-democratie.html

http://www.slateafrique.com/215/benin-democratie-liberte-expression-elections

http://www.lanouvelletribune.info/index.php/reflexions/opinion/14441-benin-la-democratie-en-danger

 http://www.africansuccess.org/visuFiche.php?id=22&lang=fr

http://www.monsieur-biographie.com/celebrite/biographie/mathieu_kerekou-8628.php

http://www.lanouvelletribune.info/index.php/actualite/une/17622-libertes-democratiques-et-gouvernance-politique-au-benin-ce-qu-en-pensent-les-universitaires

http://www.slateafrique.com/46993/constitution-bataille-revisionnistes-boni-yayi

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