Présidentielles 2012 au GHANA: Dans 11 Jours la Messe

Il y a deux semaines de cela je promettais de vous faire vivre les moments forts de la campagne en cour au Ghana dans le cadre des élections présidentielles du 7 Décembre prochain. Pour des raisons aussi confuses que l’accoutrement d’un Rebel Touareg du Nord  Mali, je n’ai pas tenu promesse.  

Les Candidats lors du Débat (G à D) Mahama, Abu, Ayariga, Nana
Crédit Image: xfmnewscenter.com

 Ils étaient quinze prétendants au départ à frapper à la porte de la  plus haute fonction du pays de N’Krumah. Seules Huit ont été autorisés par la National Electoral Commission (NEC) présidé par Dr Kwadwo Afari-Gyan à aller à la pêche des voix : John Mahama du National Democratic Congress (NDC) ; Nana Akuffo Addo du New Patriotic Party (NPP) ; Abu Sakara du Convention People’s Party (CPP) ; Hassan Ayariga du People’s National Convention (PNC) ; Papa Kwesi Nduom du Progressive People’s Party (PPP) ; Akwasi Addai Odike du United Front Party (UFP) ; Henry Lartey du Great Consolidated Popular Party (GCPP) ; Jacob Osei Yeboah, l’unique candidat indépendant.

Certains des candidats récusés –pour n’avoir pas rempli correctement et rendu dans le délai le formulaire de candidature- dont l’épouse de l’ex-Président Rawlings, Nana Konadu Rawlings, Présidente du National Democratic Party (NDP) ont crié à l’exclusion et traduit la NEC en Justice sans suite.

Sur la base d’un critère établit conjointement par la Commission Électorale Nationale et l’Institut des Affaires Économiques, par ailleurs initiateur des Débats Présidentiels, seuls les quatre partis (NDC, NPP, CPP et PNC) représentés à l’Assemblée Nationale ont été autorisés à participer aux trois phases des débats tenues respectivement à Tamalé dans le Nord, à Takoradi à l’Ouest et à Accra, au Centre. Le thème général des Débats pour ces élections 2012 couplées (législative et présidentielle) était « Maintenir la Responsabilité Électorale ». Cette édition du Jeudi 21 qui mettait fin à cette série de débats y compris celui des Vice-présidents n’a pas manqué d’intensité. Arguments contre arguments, coup de piques, attaques-défenses-attaques, tentatives de discrédits, mais aussi comédie et éloquence étaient au menu.

De 19h25 à 22h 35 GMT, les quatre prétendants pour le fauteuil de  « Osu Castle » ou de « Flag Staff » (nom des deux palais présidentiels – Il en existe deux ici) ont tenté, chacun selon sa manière, de s’attirer les voix des 25 millions de Ghanéens. Ils avaient trois minutes par question chacun, pour exposer leurs programmes en répondant aux questions des deux présentateurs choisis sur une liste de 30 personnes. Ces questions ont portés sur un total de dix (10) thèmes à savoir : la Corruption, la Sécurité Intérieure, les Ressources Naturelles, la Mortalité Maternelle, le Genre, les Ressources Maritimes, la Décentralisation, les Médias, la Science et la technologie, la Politique Étrangère.

L’Economie, l’Éducation, la Justice, l’Agriculture, l’Énergie et l’Emploi ont été abordés au cours du premier débat.

La Décentralisation, la Corruption et la Politique Étrangère ont été les sujets chauds du débat. Mahama aura servi à ses concurrents un véritable cours magistral sur la question de la décentralisation, mais sur la corruption et la politique étrangère, c’est plutôt Nana qui s’est montré convainquant. A mots ouverts, Nana a accusé publiquement Mahama d’offrir le Ghana en base arrière aux mercenaires Pro-Gbagbo dans leurs tentatives de déstabilisation de la Côte d’Ivoire.

Parmi les huit concurrents, Mahama et Nana constituent les principaux favoris. Cependant, à seulement dix jours des élections, il reste difficile de prévoir le vainqueur, ce qui fait penser à un probable second tour.

Pour certains, Mahama peut compter sur un vote « par sympathie » des « indécis » vue sa position de successeur au défunt Atta Mills décrit par ceux-là, à l’instar d’une majorité de Ghanéens, comme un homme de paix, un bâtisseur, «un héro». Au-delà du soutien quoique floue qu’il reçoit du président Rawlings ayant lui-même bonne presse au Ghana et donc lui étant favorable, Mahama pourra également compter sur les voix des populations du Nord du pays qui, pour la première fois de l’histoire du Ghana, voient un de leurs fils candidater au poste de présidence de la République. Rien que sur ces bases, Mahama part très favori. Mais ceci est à prendre avec réserve eu égard des velléités de corruption qui planent sur le NDC de Mahama et surtout l’affaire Woyome qui a trempé le parti jusqu’au cou et de laquelle il tente de se débarrasser en vain. Son élégance dans le verbe, son sang froid et son humilité sont les traits que mettent en avant les admirateurs de ce communicateur originaire de la région du Nord et actuel Chef de l’Etat succédant au défunt Mills dont il s’inscrit dans la continuité du mandat avec pour slogan «A Better Ghana» ou encore « la Vision de Mills, la Mission de Mahama».

Pour d’autres par contre, et si l’on s’en tient aux spéculations de sondages d’intention de vote, Nana part largement favori. Un petit sondage d’intention de vote réalisé moi-même dans mon lieu de service comptant 10 Ghanéens donne Nana vainqueur avec 6 voix contre 3 pour Mahama et un indécis avec un penchant pour Mahama. Ceci n’est qu’un simple exemple, mais qui pourrait compter le moment venu. Au-delà du soutien qu’il reçoit de John Kuffor, ex-président ayant aussi une bonne image dans l’opinion publique ghanéenne, par conséquent lui étant favorable, l’avantage de Nana réside dans le fait qu’il ait été au second tour en 2008 avec Atta Mills; une élection que lui et ses partisans ont estimé avoir gagné mais dont la victoire leur a été volée. Tout le bruit autour de cette contestation et surtout l’acceptation des résultats, malgré lui, pour éviter les troubles post-électorales afin de consolider cette démocratie émergente du Ghana ont positionné ce fils de la région de l’Est, issue de la famille royale et riche homme d’affaire dans l’opinion de millions de Ghanéens comme un démocrate et homme de paix. L’essentiel de son programme de campagne est bâti sur la gratuité de l’éducation secondaire, un programme qui semble bien le vendre. Il lui est cependant reproché son arrogance et sa spontanéité.

Comme on peut s’en rendre compte, les élections du 7 Décembre prochain s’annoncent décisifs pour le Ghana et les Ghanéens et promet en rebondissements. Vivement qu’elles se déroulent dans le calme !

15 Des réflexions sur “Présidentielles 2012 au GHANA: Dans 11 Jours la Messe

    • Oui, belle analyse! Dites moi si le Ghana est en Afrique de l’ouest ou dans une autre partie de la planète! Plaise à Dieu que ces élections soient les plus transparentes possibles pour donner encore une leçon de démocratie aux pays voisins du Ghana frappés de surdité et de cécité quant à ce que fait le pays de N’kwamé Nkrumah

      • Le Ghana est en Afrique de l’Ouest. Cette démocratie dont tu parles s’est construite au fil des années. N’oublie pas les nombreux coup d’Etats qui ont eu lieu ici. Les autres pays l’ont commencé, ils suivront. Le Sénégal l’a fait, le Benin l’a montré, la Sierra Leone vient de surprendre…le Ghana le prouvera à nouveau…Et demain l’AFRIQUE!

  1. Vraiment les pays anglophones ne seront jamais identiques aux pays francophones. Si et seulement si nos ex-colonisateurs pouvaient nous coller la paix un temps soit peu.
    KONE Tchemindja A/

    • Kone, il est vrai que les pays Anglophones ont une longueur d’avance sur les Francophones sur plusieurs plans. Mais ce n’est pas nécessairement la catastrophe làbas hein…
      Il y a un vaste mouvement en cour et je crois que ça va continuer. Les anglophone ont compris le jeu Démocratique. Les Francophones le comprendront…..Et demain, l’Afrique!
      Amicalement

  2. Aucune tentative de destabilisation de la Cote d’IVoire ne peut se faire sans l’aide logistique et matérielle de la FRANCE.De quels moyens disposent donc les pros-gbagbo pour réussir alors ce coup de force?encore des accusations fantaisistes d’un des condidats ghanéen.Lorsque tous les condidats jouent le jeu de la démocratie,les élections se déroulent normalement.Que le meilleur gagne.Le Ghana reste une terre d’hospitalité pour une partie de peuple ivoirien qui y a trouvé refuge.Que le successeur du défunt PRESIDENT ATTA MILLS,paix à son ame continue d’etre un exemple…

    • Rita, j’apprecie ta fidélité à mon Blog. Mais je ne partage pas forcement cet avis. La France intervient mais que font les noir dont la supposée France se serd pour intervenir.
      Quelque te dis tient une arme et va tuer. Si tu n’est pas toi même meurtrier, pourquoi accepter? Je penses que pour une fois, il faut aller plus loin que ça…
      Amicalement.

  3. J’ai lu ton papier avec beaucoup d’intérêt. Surtout que je connais bien le Ghana pour avoir y séjourné de 1988 à 1990 dans le cadre d’une formation diplômante au Ghana Institute of Journalism, à Accra.
    Je souhaite que tu me parle un peu de l’implication de la société civile dans ce scrutin ainsi que de l’observation électorale.
    Merci et à bientôt,

    • Salut Babylas25,
      Avant de repondre à ta question je tenais à te féliciter pour ton travail formidable sur blog. Courage!
      La société civile est effectivement très engagée dans le processus électorale en cours au Ghana. En autres organisations, il y a « ARK Foundation », une ONG engagée dans l’education civic; à côté de celle-ci, il y l’INitiative « Ghana Decide » qui est une plateforme, disons une organisation financée par STAR Ghana (un ensemble de donateur reunis) pour encourager les Ghanéens à aller voter…et dans le Calme. Ghana Decide fait du monitoring et de la sensibilisation des populations et des responsables des partis politiques. Il y a eu recemment une déclaration qui a été signée à Kumassi (appelée KKumassi Declaration) visant à amener les responsables des partis politiques à s’absternir de toutes viloences et a reconnaitre leur faite (pour le perdant). A cette initiative etaient associées les organisations de la société civiles dont Parliamentary Center et autres.
      Concernant l’observation des élections, il existe une plateforme d’observateurs des élections. CODEO, c’est une platforme nationale pour les observateurs au niveau national. CODEO observe les elections depuis 2000. Cette organisation de la sociét civile deploiera des missions d’observations sur toute l’étendue du territoire.
      a Côté, il ya l’Institut Ouest Africain de la Société Civile qui a mis en place une équipe d’observatrice issues de 13 pays de la CEDEAO. la mission est appelée WAWEO (West Africa Women Election Observation Team); L’équipe sera engagée sous la coupole financière de LA CEDEAO qui a depoloyé une mission de 250 observateurs dont le patron est l’ex president Obassanjo. Ce sont queslques informations…J’espère qu’elles repondent a ta question. S’il ya d’autres préoccupations, n’hésite pas à y revenir. Si je tarde à repondre excuse-moi, c’est plus une question de disponibilité.

      Amicalement

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*