Projet de Loi sur la famille en Côte d’Ivoire : L’agréable avant l’utile

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J’ai été bombardé ces derniers temps notamment par les médias sociaux et la presse numérique par l’affaire d’un projet de loi sur la famille soumis à l’Assemblée Nationale en Côte d’Ivoire. Cette loi selon mes lectures vise à attribuer à la femme, autant que l’homme, le titre de Chef de famille.

 Mes tentatives de comprendre la nécessité d’une telle loi et à cette période si critique de l’histoire de la Côte d’Ivoire où les ivoiriens et ivoiriennes ont besoin d’actes plus forts, plus concrets, son restées vaines. Pourquoi une telle loi et maintenant ? En quoi un titre honorifique de « Chef de famille » peut-il changer la condition de la femme ?  Les femmes auraient-elles autant que çà besoin d’être désignées Chef de famille ? Je crains que non et permettez moi, Monsieur le Président, de vous dire pourquoi cette supposée loi est vide de sens et si elle venait à être votée par l’Assemblée Nationale ne serait qu’une piètre réalisation sous votre mandat.

En vous élisant, les ivoiriennes en particulier meurtries par les dix ans de guerre s’attendaient à des solutions -que vous leur avez d’ailleurs promises- pour reprendre goût à la vie. Après trois ans de mandat, elles attendent toujours ces solutions qui semblent devenues des problèmes ou alors qui viennent mais à pas de caméléon. C’est dans cette attente désespérée que vous leur servez cette loi. Pour quoi au juste ?  Pour faire de la figuration politique d’un genre nouveau ? Pour distraire les masses et renforcer le sensationnalisme béat des mass média ? Je m’interroge.

L’égalité est une valeur démocratique que toute société doit porter en elle et défendre. Vous avez nommé la première femme Grande Chancelière de Côte d’Ivoire, c’est bien. La première femme Générale de l’Armée de Côte d’Ivoire, c’est agréable, pour ne citer que ces deux cas. Je comprends donc votre acharnement d’ailleurs salutaire à prouver votre image d’homme soucieux de la condition féminine. Mais qui trop embrasse souvent mal étreint. Les problèmes sont nombreux et réels. Peut-être qu’il faut faire passer l’utile avant l’agréable et non l’inverse. Il faut aller par priorité.

Les femmes constituent 52% de la population ivoirienne, mais seules environ 30% occupent une place dans l’administration publique ou exercent un métier dans le secteur formel. Le reste se retrouve dans l’informel. Comment corriger cet écart ? Voici une priorité.

Au-delà de quelques femmes d’une agitation stérile faite de toilettes multicolores et de prises de positions monocordes et monotones, les femmes convainquent par leurs fébrilités coupables quand il s’agit de prendre des positions face aux sujets qui les concernent ou d’assumer leurs responsabilités. Ma question, que deviendraient-elles lâchées seules dans l’arène? Ce dont elles semblent avoir besoin le plus c’est une réelle formation en leadership. Ceci est une priorité.

Cette ivoirienne à la santé funambule et à l’éducation embryonnaire pour ne pas dire inexistante se moque de sa position de Chef ou pas de famille. Quelle avancée notable cela apporte t-il à son existence et quelles solutions opérationnelles en découlent pour l’amélioration de son quotidien ? Ce à quoi elle aspire c’est se réconcilier avec son panier de la ménagère, bénéficier d’une assurance santé, voir ses enfants aller et revenir de l’école le sourire aux lèvres, elle-même sortir et rentrer à la maison sans être inquiétée par un individu armé, retrouver une partie de sa famille forcée à l’exile craignant vos représailles.

Le vote d’une loi qui fait de la femme « Chef de famille » n’apporte rien au débat de fond sur la place des femmes dans la société ivoirienne et sur leur participation effective aux mécanismes décisionnels. Que valent réellement les femmes du microcosme politique ivoirien à l’aune de la représentativité ? Seules 27 sièges sur les 255 de l’Assemblée Nationale sont occupés par les femmes, soit un taux d’environ 11%. Comment rehausser ce taux ? Une autre priorité.

La loi peut être votée et ne pas être appliquée; Être appliquée et ne pas produire les effets escomptés. C’est ce que les députés ont voulu vous faire comprendre dans leur rôle tout aussi autonome que le vôtre en refusant cette loi affirmant qu’elle ferait plus de tord à la société que de bien. Face à tout ceci, voici quelques propositions, entre autres, pour vous aider dans vos initiatives du reste salutaires visant à rehausser l’image de la femme.

  • Renforcer  l’Éducation Civique. Dispensée très tôt, elle permettra aux jeunes filles de s’approprier la citoyenneté et les droits et devoirs y afférents. Déclinée tout au long de la vie, elle permettra aux plus âgées de compenser leur retard sur les évènements et de capitaliser leur expérience sociale à partager avec leurs cadettes.
  • Mettre en place un véritable Ministère de la Promotion de la Femme destiné à l’information, à l’éducation et à l’insertion. Ceci pour changer de l’actuel qui nous fait croire à l’envi que féminité rime avec précarité.
  • Légaliser la polygamie. Quoique je sois contre la polygamie, ceci permettrait de protéger les maîtresses et leurs enfants en cas de décès du mari et aussi éviterait les conflits d’héritage. La loi existe au Burkina Faso où les aspirants au mariage choisissent entre la polygamie et la monogamie tout comme en Côte d’Ivoire ceux-ci choisissent entre la séparation et la communauté de bien.
  • Supprimer la caution de 100 milles FCFA pour toute candidature féminine à la députation et surtout nommer plus de femmes aux postes de responsabilités dans l’administration publique autant que dans le gouvernement.
  • Renforcer la formation sur le leadership féminin. Ceci est une nécessité en vue d’accroître l’autonomie des femmes et leur permettre de s’assumer.

Ces mesures sont certes des gouttes d’eau dans la mer face à l’épineuse question de l’égalité des sexes, mais auront le mérite de vous accorder plus de crédit aux yeux de l’opinion publique plutôt qu’une loi creuse accordant un titre honorifique de « Chef de famille » à la femme et une place au côté de l’homme, d’ailleurs pourquoi pas au dessus ?

20 Des réflexions sur “Projet de Loi sur la famille en Côte d’Ivoire : L’agréable avant l’utile

  1. Hummmm…Emile là c’est l’homme qui a parlé quoi.Tu es du meme avis que la plupart des ivoiriens qui disent pour résumer qu’avec cette nouvelle loi qui n’a meme pas encore été votée que les femmes veulent maintenant »porter la culotte ».Ah les hommes,dès que quelque chose ne vous arrangent pas,vous la rejettez.Le statut de co-chef de famille n’est pas une mauvaise chose en soi.Elle permet à chacun de connaitre son role au sein de la famille et de se répartir les taches de façon équitable.Il y a des femmes qui portent à « bout de bras »leurs foyers sans que ce statut leur soit officiellement reconnu par la société elle-meme.Avoir des DROITS sur papier,c’est encore mieux,je pense.Depuis la nuit des temps,l’homme est automatiquement le chef de famille.La femme le seconde à ce poste.Avec toute l’amitié que je te porte,cher frère.Ta vision est un peu machiste quant meme.Tu acceptes l’évolution de l’ivoirienne à condition qu’elle reste à sa place de fille,femme et mère.Qu’on donne à la femme la place qu’elle mérite.

    • Salut Rita,
      Tout un plaisir de te lire. D’abord juste te dire ceci; chaque fois que tu devrais apporter un commentaire, sens-toi libre de le faire sans avoir besoin de t’excuser quelque soit ta position. Je ne suis pas de ceux qui détestent les critiques. Si nous deux avons raison sur le même sujet sans avoir des points de divergences même insignifiants, on devrait s’interroger car nous ne serions pas loin de nous égarer tous les deux.

      Cela dit, pour ton commentaire je tiens à préciser ce qui suit et le titre de l’article le dit bien.Je ne suis pas contre un titre de « Co-chef » comme tu le dis, même s’il ne signifie rien pour moi. Ce que je dis par contre est qu’au lieu de faire ces digressions qui dit-on ont conduit à la dissolution du gouvernement créant encore un climat d’incertitude, il fallait parer au plus pressé. Et le plus pressé en ce moment c’est tout sauf cette loi.
      Dans une société normale, dans un pays normal on peut se permettre ces fantaisies, mais la Côte d’Ivoire est loin de là, il ne faut pas se tromper d’objectif, de combat parce que la lutte est longue. 2015 c’est demain, les ivoiriens attendent…

      Amicalement.

  2. Belle analyse Bela. Je suis fier de toi. Je profite pour t’informer qu’à la suite de mon article que tu as publié et surtout avec l’avènement de cette piètre proposition de loi, je me suis résolus a être blogueur. j’ai donc créé mon blog où je viens de faire ma 1re publication sur cette proposition de loi. Tu pourras le lire en ouvrant le lien suivant: http://tchemindja.overblog.com/la-loi-ivoirienne-sur-le-mariage-source-de-divorce
    Take care

    • Merci Koné d’être passé.
      J’apprécie également ton initiative de création de ton Blog.
      Je te souhaite la bienvenue dans le monde du blogging et t’encourage à y demeurer.
      Je fais un tour sur ton Blog.
      Abientôt pour un autre arcticle.
      Amicalement

  3. QUAND J’ECRIVAIS CET ARTICLE, LA LOI N’AVAIT PAS ENCORE ETE VOTEE. LISEZ CE COMMENTAIRE D’UNE FEMME DEPUTE A L’ASSEMBLEE APRES LE VOTE.

    Yasmina Ouégnin
    Pour répondre aux questions que se posent certains ivoiriens, je voudrais vous expliquer pourquoi j’ai voté NON.

    Le mardi 13 novembre 2012, un projet de loi portant abrogation de l’article 53 et modifiant les articles 58, 59, 60 et 67 de la loi n°64-375 du 07 octobre 1964 relative au mariage, telle que modifiée par la loi n°83-800 du 02 août 1983, a fait l’objet d’examen suivi de délibérations au sein de la Commission des affaires générales et institutionnelles de l’Assemblée Nationale de la République de Côte d’Ivoire.

    Au cours des débats en Commission, les députés issus du PDCI-RDA et de l’UDPCI ont émis des réserves quant à certaines dispositions contenues dans le projet examiné. En effet, sur la base de leur expérience et de leur connaissance de la Nation Ivoirienne, ils ont estimé que l’article 58, sur les rôles et responsabilités des conjoints devait être amendé.
    Le député Kouadio Kpli Delphin, membre du Groupe parlementaire auquel j’appartiens, conformément aux procédures, a donc déposé un amendement, considérant qu’une telle disposition juridique nécessitait, pour le moins, un débat contradictoire.

    Il importe de rappeler qu’une part du travail législatif consiste à analyser les projets émanant de l’exécutif et à y apporter les correctifs que les élus du peuple jugent utiles et nécessaires à la satisfaction de l’intérêt de la nation qu’ils représentent. La fonction parlementaire serait ainsi vide de tout contenu si les députés se contentaient d’enregistrer, sans critiques et sans propositions, les projets du gouvernement.

    Ce mercredi 21 novembre 2012, au cours du vote de la loi en séance plénière, certains élus de la Nation ont refusé de suivre les consignes de vote émanant de leurs différents groupes parlementaires …j’en fais partie.

    Sans vouloir m’appesantir dans un débat sur le fond, je tiens à rappeler que notre civilisation toute entière s’est construite autour de la notion de chef : Chef de famille, Chef de communauté ou de quartier, Chef de village, Chef d’entreprise,… Chef d’Etat.
    Faire disparaitre la notion de chef du code de la Famille n’est, à mon avis, pas forcément Faire émerger les droits de la femme.

    En revanche, et c’est l’une des raisons de mon refus, d’innombrables textes ont été votés, depuis notre Indépendance, en faveur de la protection de la femme et de l’enfant notamment sur les violences conjugales, les mutilations génitales, le droit à l’éducation et à la santé, le travail et l’exploitation des enfants, le trafic d’enfants et les enfants soldats…

    Tous ces textes ont été votés, sans la production du moindre effet notable, faute d’applications véritables.

    Il me parait donc plus important et urgent de commencer par donner du sens à ces acquis en invitant l’exécutif à appliquer rigoureusement les lois déjà adoptées, avant de s’engager dans des combats futuristes pour des droits que les populations concernées n’ont pas encore revendiqués.

    Le second sens de mon refus réside dans la forme employée en vue de l’adoption du projet de loi.

    Dans un système démocratique, la séparation des pouvoirs est un élément essentiel ; il est donc inimaginable que des pressions (quelque soit la nature ou le degré) puissent être exercées sur le pouvoir législatif en vue d’obtenir le passage d’un texte aussi fondé soit-il.
    Et pourtant, ce mercredi 21 novembre 2012, c’est l’environnement qui a prévalu avant et pendant le vote de la loi.

    Le contexte a eu pour effet d’inhiber la volonté de nombreux parlementaires qui, en d’autres circonstances (vote secret par exemple) auraient fait valoir leurs opinions en toute indépendance.
    Sous la pression, la majorité des députés s’est alignée et cette loi a été votée.
    Pour ma part, J’ai voté NON…

    Je tiens à rappeler, si besoin était encore, qu’étant moi-même femme, mariée et mère d’une fillette, mon intérêt ne peut que s’inscrire dans le sens de la promotion du mariage et de la famille et dans la perspective du renforcement des droits de la femme et de l’enfant.

    Je soutiens, avec conviction, que l’instruction de la jeune fille, l’indépendance financière de la femme et son leadership, la protection de la femme et de l’enfant soumis aux pires injustices et violences doivent être, pour tous, des combats pour le bien-être social et l’équité.

    C’est d’ailleurs pour cela que je me suis engagée en politique.

    Lorsque j’ai sollicité le suffrage des habitants de Cocody, je leur ai promis de redonner à l’Assemblée Nationale l’entièreté de son rôle qui, selon moi, avait été dévoyé depuis plusieurs années.
    Et ces habitants m’ont fait l’honneur de m’accorder leur confiance, pour défendre leurs intérêts et les intérêts de la Côte d’Ivoire.

    Je suis donc à l’Assemblée Nationale uniquement pour représenter le peuple ivoirien.
    J’ai été bien entendu élue sous la bannière d’un parti politique, avec lequel je partage des aspirations et une vision communes pour le développement de notre société, mais mon mandat relève du Pouvoir Législatif et c’est dans ce cadre que mon action s’inscrit.

    Je ne saurai, et ne pourrai, donc me soustraire à mon engagement, en reniant mes propres valeurs et convictions.

    Pour ce faire, au cours de mon mandat de député, je continuerai d’accompagner toutes les formes de progrès tant que cela se fera à travers des débats constructifs, dans l’indépendance des opinions et dans le respect des libertés conquises.

    Et c’est à cela que je m’attèle déjà depuis près d’un an, nuit et jour, dans l’intérêt des Ivoiriennes et des Ivoiriens.

    En mon âme et conscience.

  4. Avez vous lu cette loi?? Parce que c’est un préalable avant d’écrire dessus, je pense. Je partage la position de Rita Flower. Très éclairée d’ailleurs

    • Salut CI Yako,
      J’ai eu l’occasion de lire les articles clés…mais qui ne sont en aucun differents des anciens textes existents…Il n’y a vraiment rien de nouveau ce sont les termes qui ont changé et c’est pourquoi j’ai dis ce n’était que creux et inutile.
      Merci d’être passé.
      Amicalement

  5. Bien chère Monsieur Émilie BELA!

    Je réagis prioritairement à votre article. Je me réserve le droit de réagir au texte de la députée dans une prochaine intervention. le projet de loi a été votée! c’est tant mieux. je salus cette avancée. Mais je vais laisser mon texte en l’état. Je l’ai rédigé avant que celui-ci ne soit votée.

    Ce qui est frappant dans cet article ce sont ces relents de machisme qui émaillent votre texte. On devine aisément que les femmes à vos yeux apparaissent toujours comme des éternelles mineures incapables de tracer leur destin, de penser par elles-mêmes, ni même de donner un avis sur leur condition. D’après votre vision, elles auraient toujours besoin d’un tuteur pour leur servir de guide. J’en veux pour preuve, ce sans gêne formidable dont vous faite montre en vous positionnant comme ce mâle bien pensant, sûr de la légitimité qui la sienne, pour vous arroger le droit dire à la place des femmes, ce qui pourrait être bien pour elles : «  les femmes auraient elles besoin autant que ça d’être chef de famille ? Je crains que non !….. » Cette question, pour égocentrique qu’elle soit, mérite qu’on vous oppose celle -ci en retour : «  qu’est- ce que vous en savez ? »

    Vous n’êtes certainement pas la personne la mieux placée pour porter la parole des femmes. Non pas que vous n’ayez le droit de vous exprimer sur la question mais vous aurez gagné à recueillir l’avis des femmes avant de venir nous servir cet article brouillon dont le seul mérite est de révéler à tous ceux qui militent pour la cause des femmes que ce combat a encore de très mauvais jours devant lui.Et peut être publiez vous le texte de la députée pour justifier votre
    positionnement. j’ai peur qu’une seule femme, quoi qu’elle fut député ne soit pas représentative de toutes les femmes ivoiriennes et de ce que les femmes vivent comme difficultés dans le nid conjugale!

    «  Les femmes auraient elles besoin autant que ça d’être chef de famille ? ». Figurez- vous que oui ! Cheffes de famille, les femmes le sont officieusement depuis Mathusalem. Elles sont nombreuses à investir le secteur de l’informel, à braver la pluie et le soleil sur ces marchés improvisés et dans les champs, à tutoyer la précarité pour tenir à « bout de bras » pour certaines d’entre elles des familles entières. Dans le foyer, au même titre que l’homme, elles sont parties prenantes, si ce n’est plus ! Après leur dures journées de labeur, ce sont les mêmes qui s’attèlent aux fours et fourneaux, pendant que les hommes pour ne pas les nommer, lèvent les coudes dans les bars mal famés. Ce sont elles qui transmettent les valeurs aux enfants. Elles sont le pilier de la famille. Soumises aux poids des coutumes dans une société patriarcale qui les asservi à l’envi, elles sont là, présentes, patientes, aimantes. Oui, les femmes, et cela n’est un secret pour personne, ont toujours été de vraies cheffes de famille à qui le patriarcat a constamment fait de l’ombre en l’infantilisant, ou mieux en la chosifiant. Y a t-il réellement un mal à élever la femme au rang de cheffe de famille ? Je crois que non. Reconnaitre qu’elle est aussi chef de famille c’est officialiser un statut qu’elle a par ailleurs, toujours assumé avec une bravoure certaine.

    Permettez-moi à présent de revenir sur votre idée selon laquelle accorder le statut de « chef de famille »à la femme c’est leur accorder un titre qui n’est qu’honorifique. Puisque selon vous, il y aurait des problématiques bien plus urgentes auxquelles le gouvernement aurait pu s’attaquer. Voyons donc ! Les hommes ont porté ce titre depuis des millénaires et ne s’en sont jamais plaint ! C’est bien la preuve que cela n’a rien de rédhibitoire. Bien au contraire il peut être très plaisant surtout quand on voit l’usage abusif qu’en ont fait certains hommes à l’endroit des femmes. C’est curieux la réaction qui est la vôtre quand le législateur pense que la femme pourrait à son tour, et à juste titre d’ailleurs, jouir de ce que considérez comme n’étant qu’un honneur. N’y auraient-elles dont pas droit ? Drôle d’argument de votre part. Souffrez que je vous dise le fond de ma pensée.

    Il est très naïf de penser qu’attribuer le statut de cheffe de famille à la femme c’est lui accorder un titre simplement honorifique. C’est avoir un niveau de lecture assez limité de ce qu’un projet de loi comme celui-là pourrait apporter à la société. Vous dites ne pas comprendre en quoi le fait de consacrer la femme cheffe de famille pourrait changer la condition de la femme.

    Voilà : Si ce projet de loi venait à être concrétisé, il serait un symbole fort qui va éveiller la conscience collective sur le fait que la femme n’est pas cette éternelle mineure complètement dépendant des choix du grand mari ! Il reconnait à la femme et à l’homme en ménage une égale dignité. C’est un signal fort qui pourra d’apprivoiser au long court cette idée extrêmement répandue selon laquelle la femme est cette « chose » qui fait partie des biens meubles de la famille et dont le mari pourrait disposer à sa guise. Elle n’est pas cette esclave acquise moyennant une dote et qui de ce fait serait tenue d’obéir au doigt et à l’œil. Et Les époux cessent par le fait même d’être ces patriarches autoproclamés, qui soufflent le froid et le chaud au gré de leurs humeurs.

    Pour honorifique qu’elle soit, le statut de cheffe de famille au même titre que l’homme, restitue à la femme une dignité longtemps bafouée, et la place aux cotés de l’homme, non plus comme une domestique, mais une vraie partenaire avec qui, il peut avancer main dans la main ! Il s’agit d’un travail de longue haleine qui s’accomplira avec des hommes et femmes de bonne volonté ; mais peut-on réellement dire que vous en faites partie quand on voit les solutions que qui sont les vôtres ?

    Parlons à présent des solutions que vous avez proposées. Même si elles peuvent paraitre louables à certains égards, elles restent pour reprendre votre expression, « quelques gouttes d’eau dans la mer » ; elles pêchent surtout par une certaine incohérence.
    Vous donnez le sentiment d’être pour l’émancipation de la femme, afin qu’elle accède aux sphères de décisions, et à des postes plus valorisants, mais au fond, cela vous arrange qu’elle soit, toujours ce qu’elle a été dans la sphère domestique, c’est-à-dire ces petites mains à tout faire, condamnées à être soumises au joug de son moustachu de mari. De votre avis, les femmes n’ont pas besoin d’être cheffes de famille, mais l’Etat peut investir de l’argent pour qu’elle ait une meilleure visibilité dans la sphère publique. Procéder de cette façon c’est précisément prendre le problème à l’envers. C’est s’attaquer au côté visible de l’iceberg en laissant sa face cachée en l’état. C’est un peu comme traiter les symptômes d’une maladie sans tuer le mal à la racine. Le vrai changement doit commencer au sein du foyer et de la famille, qui constituent le noyau de base de la société. Avant d’investir massivement et à tout va de l’argent pour améliorer la condition de la femme dans la sphère publique, il est impératif de changer la représentation et l’image que l’on a, de ce qui pourrait être son rôle et son statut dans la société. Vos solutions dont je ne reviendrai pas sur l’impertinence de certaines d’entre elles, doivent venir en aval ou de manière additionnelle à un travail de fond qui doit s’effectuer en amont. Et ce travail doit commencer au sein des ménages et des familles. En ce sens, le projet de loi trouve toute sa légitimé.
    Vous évoquez vous-même le fait que les femmes soient fortement représentées dans le secteur informel caractérisé par une grande précarité. Vous avez bien raison dire que les femmes sont sous représentées dans les administrations. En revanche, on peut regretter que vous ne vous interrogiez pas sur les causes réelles de ces déséquilibres, avant de nous faire part de vos solutions. Eh oui, bien cher Monsieur, les raisons de ce déséquilibre se trouvent dans la nature des rapports ambigus qui ont toujours existé entre l’homme et la femme au sein du ménage. Condamnées aux affaires domestiques, et à évoluer toujours dans l’ombre du mari, qui se veut « chef de famille » en toute circonstance, et qui pense naturellement posséder la légitimité d’explorer toutes les sphères non domestiques, on peut à peine s’étonner des faits dont vous état.

    Par ailleurs, affirmer qu’il y a des sujets plus importants sur lesquels le gouvernement aurait pu se pencher, est un jugement de valeur ! Ce qui est prioritaire pour vous ne l’est pas forcément pour l’autre. Après avoir passé des milliers d’années à subir le poids des pesanteurs sociales qui la reléguait au rang de citoyenne de seconde zone, sans qu’elle puisse être reconnue pour tout travail qu’elle effectuait, et en lui refusant la légitimité d’avoir réellement voix au chapitre au sein du couple, il était peut-être urgent que la question soit abordée !Et permettez-moi à ce niveau de répondre à votre question : « pourquoi une telle loi et maintenant ? » : parce qu’il fallait bien que cela se fasse un jour ! Cette situation n’a que trop duré.

    Ce projet de loi en vaut le coup ! La seule crainte si cette loi venait à voir le jour c’est de se trouver face des gens aux idées peu progressistes, dont la vision du monde se réduit aux confins de leur égo. Ce qui pourrait avoir comme effet pervers que les femmes se trouvent en train d’assumer plus qu’elles n’en assument déjà au sein des ménages. Mais je fais confiance à la classe politique ivoirienne pour mettre dans cette loi les ingrédients utiles et agréables pour rehausser l’image de la femme et maintenir durablement la paix des ménages.

    • Chère Natou,
      Pour commencer, permettez que je vous exprime ma sincère considération d’abord pour l’intérêt accordé à mon blog puis pour votre précieux temps consacré à répondre à cet article que vous avez qualifié de « brouillon » en apportant des éclairs très constructifs. C’est en fait de ce genre de commentaires -quoique je l’aurais voulu responsable c’est-à-dire dépourvu d’insultes -dont tout blogueur a besoin pour ouvrir ou continuer le débat –constructif.
      Je suis désolé de n’avoir pas réagi plus tôt à votre commentaire. J’ai tellement voulu y accorder plus de temps pour une réponse appropriée que cela a fini par m’échapper. C’est chose faite aujourd’hui.
      Pour en venir au sujet, je m’en vais vous dire qu’au-delà du ton dur qui caractérise votre commentaire, vous faites bien de donner clairement votre position de féministe qui cache mal son envie de prouver par tous les moyens que la femme est brimée. Peut-être que vous avez raison, mais vous péchez à plusieurs niveaux. Où alors vous m’avez mal compris.
      D’abord, je ne doute pas de ce que la femme soit dans la société ivoirienne, à l’image de la société Africaine en générale, reléguée au second rôle. En côte d’Ivoire, il suffit de prendre la pièce d’identité d’une femme au village pour s’en convaincre : « profession, ménagère ». Etre ménagère, c’est-à-dire s’occuper du ménage n’est pas en soit une fonction du reste dévolue à une seule personne –la femme. On peut aller plus loin pour dire que cette stigmatisation de la femme est réelle.
      Mais, ce que je mets en évidence ici et j’y INSISTE, c’est cette piètre figure que se donnent les faiseurs de cette loi. Vous n’êtes certainement pas sans ignorer que les textes qui régissent une société tirent leurs fondements des valeurs morales, religieuses de celle-ci et cette loi n’a aucun fondement dans la société ivoirienne. Plus, elle est fortuite parce qu’elle n’apporte ABSOLUMENT RIEN de plus à la situation de la femme. Vous avez parlé de base légale, oui mais pensez-vous que celle-ci fait défaut en Côte d’Ivoire ? Que dit le code de la famille ? A quoi sert-il ? N’est-il pas suffisant pour rehausser l’image de la femme ? Malgré le vote du quota des 33% où en sommes-nous aujourd’hui ? Combien de femmes à l’hémicycle de la Côte d’Ivoire ?
      Pour comprendre ces choses, il faut un tant soit peu ôter son manteau et se départir de son zèle mal inspiré de féministe parce que le bon sens à lui seul suffit, du moins si seulement l’intéressé vit en Côte d’Ivoire et partage les réalités de ces femmes.
      Dire à une femme qu’elle est « cheffe de famille », pour vous reprendre, n’est absolument et en rien suffisant pour lui donner tout un pouvoir.
      Vous m’interrogiez sur l’éventuelle enquête qui me conduit à dire que les femmes n’en veulent pas. N’allez pas loin. Interrogez votre servante, elle vous répondra et vous me comprendrez.
      Demandez-lui si elle comprend la teneur de cette loi. Demandez à votre nièce dont le mari, avant le vote de cette loi, fuyait toutes ses charges d’hommes si elle en a besoin.
      Avant, parce que « chef de la famille » et par conséquent, investi de l’autorité et l’obligation d’assurer le bien-être de la famille, l’homme pouvait être traduit en justice par l’épouse s’il manquait de jouer son rôle. De quelle base légale ne disposait-elle pas ? Et quelle est celle dont elle dispose aujourd’hui de si différente ?
      Vous pointez du doit le fait qu’avec cette loi, l’homme peut, au décès de l’épouse, bénéficier de l’héritage comme c’est le cas dans l’inverse. J’approuve ce que je considère comme le seul avantage de cette loi. Mais où est le lien entre cela et le titre purement rocambolesque, creux et fortuit de « chef ou cheffe de famille ? ». Vous n’êtes pas obligé de répondre.
      Désolé d’avoir été si long. Beaucoup reste à dire. Je reste par-dessus tout ému que vous ayez reconnu à mon article soit disant « brouillon » des propositions pertinentes.
      Je suis un père de famille, né d’une femme et je sais comment je traite ma femme. En tout cas tout sauf faire d’elle ma servante, mon esclave… et pour çà je n’avais pas eu besoin qu’on me dise qu’elle est cheffe de famille. Elle est mon égal et je la traite comme telle.
      Respectueusement.

      • Monsieur BELA
        J’accuse réception de votre dernière correspondance. Et je m’excuse du long délai que j’ai observé avant de vous formuler une réponse. Compte tenu de la qualité et de la richesse des échanges, il m’a semblé important de trouver un peu de temps, malgré les multiples occupations, pour continuer ce débat. Comme dit l’adage mieux vaut tard que Jamais! Bonne lecture

  6. Pour la cohérence de vos propos sur la question de l’égalité (puisque que vous nous dites à la fin de votre texte que vous considérez la femme comme votre égal), je vous exhorte à vous poser les bonnes questions afin d’être au clair avec vous-même sur ce sujet. Personnellement, je ne comprends pas qu’on prône l’idée de l’égalité comme vous semblez le faire et qu’on soit si hostile comme l’êtes, au fait que le législateur reconnaisse à l’autre sexe, au sein du ménage les mêmes droits que vous. C’est très ambigu tout de même ! J’ai le sentiment que vous n’assumez pas complètement d’être un conservateur qui voudrait que la femme soit toujours ce qu’elle a été dans cette société patriarcale; vous tentez de moderniser votre pensée, – et c’est tout à votre honneur- en nous laissant sous-entendre que vous êtes pour émancipation de celle-ci. Comment voulez qu’on vous croit ? En somme, « la femme est mon égal, mais elle ne doit pas prétendre aux mêmes droits que moi ». C’est très cocasse ! On peine à croire que vous voyez en la femme un être qui soit réellement votre égal. Monsieur BELA, assumez donc franchement votre positionnement ; votre propos n’en sera plus que crédible. IL ne sert à rien de nous servir du politiquement correct, en saupoudrant votre conviction profonde, avec quelques idées qui se voudraient progressistes, juste pour faire joli.
    Voyez-vous, fonder l’autorité maritale sur le sexe, un en particulier, qui est le sexe masculin (allez chercher l’erreur…), ne va pas dans le sens de l’égalité dont vous semblez être un grand défenseur.
    Contrairement à vous, j’assume pleinement d’être féministe. Et permettez-moi ici de rectifier la définition grotesque que vous en donné dans votre texte. Il ne s’agit point d’une tentative acharnée de voir en la femme un être qui soit à tout prix brimé dans la société (Et encore, je ne suis pas certaine que la réalité soit vraiment toute autre). Il s’agit simplement de poser un regard lucide sur la société patriarcale et ses fondements, ainsi que les stéréotypes sur lesquels elle est construite et qui malheureusement servent souvent à légitimer l’exclusion et les violences à l’endroit d’un sexe en particulier, qui est le sexe féminin. La finalité étant bien sûr d’engager une réflexion sérieuse sur la façon dont ce modèle de société pourrait être détricoté pour favoriser un vivre ensemble plus harmonieux entre les hommes et les femmes dans la communauté.

    CE combat n’est pas facile. J’en veux pour preuve, le tollé médiatique dont a fait l’objet, cette loi sur la famille, qui a été votée en Côte d’Ivoire. Les média en ont fait choux gras, en lui donnant parfois toutes sortes d’interprétations possibles et inimaginables. Remarquez ; toute initiative qui signe un pas vers le progrès sociale se heurte toujours aux mouvements contre émancipateurs et contre-révolutionnaires. C’est une constance qui peut se vérifier dans toute l’histoire de l’humanité. Chez les uns, Il faut y voir une certaine peur du changement et chez les autres une réaction défensive qui découle généralement d’une interprétation complètement étriquée et à courte vue du projet social en question ; vous vous inscrivez dans cette deuxième catégorie.
    Vous associez donc au mot « chef de famille », les concepts tels que l’autorité, le pouvoir et toutes ces choses qui contribuent à hiérarchiser les rapports entre les hommes et les femmes, afin de mieux rappeler à ces dernières qu’elles feraient mieux de rester dans l’ornière, comme ça toujours été le cas. Je peux comprendre que tout à coup, beaucoup d’hommes soient paniqués et très perturbés de devoir partager ce qu’ils appellent l’autorité et le pouvoir avec leur femmes, alors que pendant de nombreuses d’années, ça été leur chasse gardée !
    Allons dans le détail :
    Je vous cite : « avant quand l’homme était « chef de famille » et par conséquent investi de l’autorité et de l’obligation d’assurer le bien-être familial, l’homme pouvait être traduit en justice s’il manquait de jouer ce rôle… »
    Quand on lit la première partie de la phrase, il y a une question qui s’impose : pourquoi se serait forcément l’homme qui serait investi de cette autorité et de cette obligation quand par ailleurs on sait que l’autorité n’a rien de sexuée, qu’il existe de nombreuses femmes d’autorité en Côte d’Ivoire ? On pourrait également se demander pourquoi investir l’homme de cette autorité alors même que dans les faits, assurer le bien-être familial, n’est pas une exclusivité de l’homme. L’autorité et le pouvoir- puisque selon vous ce n’est pas en consacrant la femme chef de famille qu’elle aura un quelconque pouvoir- que vous rattachez systématiquement à la notion de chef de famille, est une vision assez machiste qui ne représente pas forcément la réalité du quotidien des couples. Elles sont nombreuses les femmes qui assurent la vie du foyer sans même avoir besoin pour bon nombre d’entre elle de brandir l’épée de Damoclès de la justice à leur mari pour manquement à leur devoir. Vous savez très bien que les femmes assurent tout aussi bien que les hommes -si ce n’est plus parfois- le bien-être familial. Si tel est donc le cas, on peut légitiment se poser la question de savoir au nom de quoi devrait-on considérer qu’elles ne méritent pas de porter cette casquette de codirigeante du foyer.
    Pour défendre votre point de vue vous affirmez : « les textes qui régissent une société tirent leur fondement des valeurs morales et religieuses de celles-ci, cette loi n’a aucun fondement dans la société ivoirienne ». Primo, qu’entendez-vous par valeurs morales et religieuses ? La morale, la religion et la culture, ne sont pas de données immuables. Les mœurs ne sont pas figées dans le temps. Dans l’absolu, Il est très difficile de définir de manière certaine, des valeurs culturelles comme étant fondamentalement celle d’un pays. Car celles-ci changent en fonction de l’environnement et de l’époque. Elles viennent d’ici et là, sans qu’on soit parfois, en mesure de désigner avec certitude les cultures auxquelles elles ont été empruntées. Auriez-vous par exemple la prétention de nous dire que l’Islam et le Christianisme pratiqués en Côte d’Ivoire seraient des religions originellement ivoiriennes ? Bien sûr que non ! Nous savons qu’elles ont été importées. Deuxio, je ne vous ferai pas l’injure de vous de vous rappeler que les textes de loi qui régissent une société ne tirent pas de manière exclusive leur origine des pratiques sociales internes du pays. Figurez-vous qu’il arrive régulièrement qu’un pays propose de nouvelles lois ou modifie celles existantes, afin d’être cohérent et en phase avec des conventions internationales, dont il serait signataire. Ça n’est pas une quadrature du siècle.
    Je pense également que quand on se met en ménage ce n’est pas pour avoir l’autorité ni pour exercer le pouvoir envers qui que ce soit. On se met en ménage pour s’entraider et avancer, chacun dans les limites des moyens qui sont les siens. Ces moyens peuvent être en nature ou en espèce. La contribution de chacun peut être multiforme en fonction des centres d’intérêt, de ses compétences, de la vision que les deux ont du couple et tout ceci dans des rôles qui peuvent parfaitement être interchangeables, sans qu’il y ait besoin de figer dans le marbre de la loi que l’homme ou la femme sont astreints à telle ou telle type d’activité . Le nouvel article 58 de ce texte de loi est très clair à ce sujet : « le mari et la femme assument conjointement la direction morale et matérielle de la famille, pourvoient à l’éducation des enfants et préparent leur avenir ». L’ancien article affirmait : « le mari est le chef de famille. Il exerce cette fonction dans l’intérêt commun du ménage ». Autrement dit, tout ce que la femme, effectuait comme tâche, était tellement insignifiant, dérisoire et secondaire qu’il n’était pas nécessaire de préciser que cela contribuait à l’épanouissement du ménage.

    Monsieur BELA, Considérer aussi la femme comme cheffe de famille au même titre que vous c’est simplement reconnaitre qu’elle est votre égale et qu’au nom d’aucune considération, vous ne devez penser que vous êtes le chef et elle autre chose que je ne nommerai pas ; dire qu’elle sont aussi cheffes signifie c’est dire vous avez tous les deux la direction du foyer pour la conduire à bon port, à hauteur de vos moyens respectifs;
    Ainsi, Je ne dirai pas comme vous que cette loi n’apporte rien à la condition de la femme. Elle lui reconnait un vrai rôle dans le couple. Elle lui reconnait une place dans le couple aux côté de l’homme. Elle lui reconnait une égale dignité qu’à l’homme, et surtout elle reconnait que toutes les contributions qui sont les siennes au sein du couples ne sont ni insignifiantes ni secondaires. Cette loi balaie les vieux clichés sexistes fondés sur l’autorité et la soumission, sur lesquels est construite l’institution du mariage, pour proposer un modèle nouveau, qui visiblement choquent un certain nombre de personnes qui n’arrivent pas à envisager les choses autrement que ce qu’ils ont toujours connu. Voter une loi comme celle-là c’est aussi poser une pierre pour encourager les mentalités à évoluer. Beaucoup d’hommes y voient un affront à leur virilité ; ce qui est une interprétation complètement tordue. Je peux par ailleurs comprendre que beaucoup d’entre eux soient très nostalgiques de l’ancien texte où des prérogatives- si on peut les nommer ainsi- qu’ils se sont auto octroyées leur étaient d’emblée dues, du simple fait d’avoir eu la brillante l’idée de naitre avec le sexe masculin, et surtout pas ce satané sexe féminin ! J’ironise bien sûr ! Comme je l’ai affirmé plus haut, le changement se construit toujours sur un chemin émaillé d’embuches. Il faut s’armer de patience.
    Je dois tout de même avouer qu’il y a dans vos écrits quelque chose qui me séduit particulièrement, c’est l’art si maitrisé que vous avez de poser des questions d’une grande pertinence. Pour autant vous n’y apportez jamais de réponses satisfaisantes : « malgré le vote des 33% , où en somme nous aujourd’hui ? Combien de femmes à l’hémicycle de la Côte d’Ivoire ? » Très bonne question ! Pourriez-vous donc m’expliquer pourquoi les mêmes hommes qui ont majoritairement voté cette loi, n’arrivent pas eux -même à faire un peu de place aux femmes ? Eh bien c’est tout simplement parce que les stéréotypes ont la vie dure. Interrogez donc le peu de femmes qui ont réussi à s’infiltrer dans les sphères politiques qui sont de manière générale majoritairement investis par les hommes; celles qui sont sincères vous avoueront que le plus dur pour elle n’est certainement pas la réalisation des missions pour lesquelles elles ont été mandatées, mais le machisme ambiant. La réelle difficulté, vous diront-elles, c’est le peu de crédit qu’on accorde à leur parole, le fait qu’à compétences égales , elles soient obligées de se battre deux voire trois fois plus pour prouver qu’on peut être femmes et légitimes à des postes politiques. On comprend que malgré les bonnes intentions, la société et les élus y compris, n’arrivent pas encore à voir la femme ailleurs que dans les sphères qui lui sont traditionnellement dévolues. Etre dans l’hémicycle est synonyme d’être détenteur du pouvoir. Et le pouvoir dans la société patriarcale est encore considéré comme un attribut masculin. Malheureusement, il faudra encore quelques efforts pour que les femmes ne soient plus considérées comme des intruses ou des ovnis dans les sphères de décisions. Cela requiert une grande ouverture et surtout un vrai changement de mentalité. Et voter une loi comme celle qui reconnait à la femme une place égale à celle de l’homme au sein du foyer participe de cette lutte qui doit commencer au sein des ménages avant d’arriver dans la sphère publique. Ce qu’il faut voir c’est le message qu’on envoie à la société toute entière par une loi comme celle-là. Et quelles peuvent en être les retombées à long terme? L’approche « hic and nunc » qui est la vôtre ; la question qu’est -ce-que la loi change ici et maintenant, à la condition des femmes ? est une vision trop étroite et totalement inopérante. Car, entre le moment où on vote une loi, le moment où on l’applique et le moment où évalue son efficacité, il y a toujours un temps incompressible !
    Le nouvel article de loi a ceci de positif qu’elle ne hiérarchise pas le rapport entre les conjoints en expliquant que l’un est chef, en sous-entendant que l’autre ne l’est pas. De plus, il met en avant une logique de coopération où l’un et l’autre trouve leur place dans des rôles non socialement contraints (l’homme doit être chef, et la femme, celle qui fait à manger et lave les chaussettes…etc). On est bien d’accord sur le fait le changement prendra de nombreuses années, le plus important c’est d’avoir déjà initié quelque chose.
    Pour l’intérêt commun du couple, il est tout à fait intelligent, de procéder comme on indiqué dans le nouvel article, d’éviter de soumettre les rôles des conjoints à des critères liés au sexe. En effet, à force de jouer et de sur jouer les rôles sociaux assignés à la femme et à l’homme dans la société en général et dans le couple en particulier, on finit par rentrer dans une logique binaire Homme/femme, avec un gros risque de conflictualité qui s’avère inefficace pour l’épanouissement du couple. Il m’est arrivé de voir des hommes se laisser complètement submerger par le complexe d’infériorité parce qu’à la suite d’un licenciement ils ne pouvaient plus soi-disant « faire le chef » en finançant les charges du foyer. Certains hommes le vivent tellement mal qu’ils rentrent dans des cycles de violence injustifiés sans doute parcequ’inconsciement, ils se disent : « je ne suis plus un homme, étant donné que c’est ma femme seule, qui prend en charge les dépenses du foyer ». J’ai également vu certaines femmes soumettre leurs modestes fonctionnaires d’époux à de chantages abjects, en exigeant des sommes d’argent colossales, pour parfois financer quelques plaisirs de luxe personnels, n’ayant donc aucun rapport avec les charges du ménage, au motif qu’il lui appartenait de trouver l’ argent du foyer. Elle au moins, avait exécuté leur rôle en tournant la grosse marmite de foutou et en donnant le bain aux enfants ! A-t-on besoin d’en arriver là ? n’ y aurait-t-il pas d’autre façon d’être homme qu’en étant celui-là qui donne un peu d’argent à la fin du mois pour couvrir quelques charges du ménage. N’y aurait-il pas d’autres façon d’être femme qu’en étant celle-là qui cuisine les marmites de foutou et qui donne le bain aux enfants ? A méditer…

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  10. Bonjour à tous. Mon sentiment c’est qu’on peut voter toutes les lois qu’on veut, ce n’est pas le problème. En effet, de même qu’une entreprise a besoin d’un bon chef pour performer, de même aussi la famille à besoin d’un bon chef qui créé les conditions favorables pour l’épanouissement de tous. Que le chef soit l’homme ou la femme, c’est la capacité à aimer au pont de pardonner qui fera la différence. or l’amour se forge dans la bonne éducation, le savoir vivre, la connaissance de sa culture, qui sont des vecteurs de richesses. les problèmes dans nos familles viennent du manque d’éducation, de l’ignorance, du manque de culture, source de pauvreté et de guerre. Ne nous y trompons pas: IL FAUT PLUS QU’UNE LOI QUI NOMME LA FEMME CHEF, pour régler les problèmes de famille, surtout dans nos pays Africains. Autrement dit si la vraie motivation est d’aider les familles à avoir un meilleur équilibre, commençons par voter des lois qui contraignent à l’applications des lois de la famille déjà existantes; mesurons ensuite leurs impactes sur la famille, afin d’avoir une meilleure visibilité pour en voter d’autres.

    • Salut Rosine,
      J’apprécie votre commentaire qui est en parfaite ligne avec la mienne plus haut suite à la contribution de Natou et de l’article de blog lui-même.

      Lerci infiniment d’être passée et à très bientôt pour un nouveau billet.

      Cordialement,

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